Te voilà donc, étranger, dans mon humble domaine.
Avant de de te raconter l'histoire de ma longue vie, il te faut savoir une chose : depuis l'Orichalque, mon être magique reste souillé, et notre mémoire, à nous autres Nephilim, n'est plus infaillible. Pardonne-moi donc car si j'omets quelque élément, c'est que je l'aurai oublié. Mais si toi-même tu es un de mes frères, alors dis-le moi, je t'en prie, et aide-moi à vaincre les affres de l'oubli.
Mais commençons notre errance. Tout d'abord, tu pourras apprendre comment j'ai vécu au temps béni du royaume d'Avallon, sous le règne du roi Arthur. Puis nous parlerons des deux époques où j'eus la joie de m'incarner dans deux charmants simulacres qui eux aussi étudiaient les arcanes secrets de la Kabbale : à Montségur, puis à Prague, sous Jan Hus, peu avant que les Templiers ne mettent à bas cet îlot de Sapience. J'évoquerai enfin ce dont je me souviens être ma dernière incarnation, à Florence, où je vécus l'atroce torture de l'homoncule...

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Mes plus lointains souvenirs remontent donc à cette époque reculée du Nephilim Merlin. Je parle de Merlin, et non d'Arthur, car la Table Ronde, Arthur, et tout ce que les humains considèrent aujourd'hui comme des légendes n'auraient sans doute jamais vu le jour sans Merlin. Merlin, seigneur et maître des Nephilim de cette époque, Merlin que j'eus la joie de connaître en tant que professeur.
Mais avant de connaître Merlin, ma vie terrestre à cette époque eut de nombreux rebondissements. Je m'incarnai d'ailleurs pour commencer dans une période de troubles, en l'an 407 de notre ère, alors que les Romains dominaient une grande partie de l'Europe occidentale. Ce réveil eut lieu dans la ville de Lutetia, telle qu'elle était nommée à l'époque, et j'ai plaisir à penser que de nouveau, aujourd'hui, c'est à Paris, ancienne Lutetia, que j'ai établi ma demeure.
Cependant, à l'époque, cette cité retranchée n'était pas encore la ville rayonnante telle qu'on peut la voir aujourd'hui, et les Romains n'avaient pas les mêmes notions de liberté que celles qui sont en vigueur actuellement. Je dirais plutôt que j'eus à souffrir assez vite de leurs méfaits. Oh, ne vous inquiétez pas pour moi, je suis encore là pour en parler, et c'est bien la preuve que ce ne fut pas si terrible que cela. Cependant, je commençai par m'incarner dans une guérisseuse celte volontaire pour l'opération.C'était plutôt aimable de sa part, même si j'appris très vite qu'à l'époque, les guérisseurs et autres chamans étaient plutôt mal vus, je dirais même pourchassés. Mais grâce à l'aide du Nephilim qui m'avait éveillé, je pus gagner la Bretagne, et de là traverser la Manche.
De l'autre côté, l'agitation était plus forte encore, car les Romains pourchassaient et exterminaient ceux de notre race, mais paradoxalement je me sentais bien mieux là-bas, au côté de mes frères. Bientôt, le calme revint, mais pas pour longtemps car les adeptes du Culte du Dragon firent choir le pouvoir établi.
Et pour la première fois (dont je me souvienne), j'eus le coeur déchiré. En effet, les Nephilim s'entre-tuaient sous le regard amusé des Templiers : le Culte du Dragon s'opposait aux volontés unificatrices de Merlin et de son disciple Arthur, ce qui donna lieu à d'épiques combats. Les effets-dragons, d'antiques Dra-ka-on et les puissances primales des champs magiques combattaient pour les uns, alors que les créatures nées de ces mêmes champs magiques venaient appuyer les autres.
Je ne pus dans ces premiers temps contempler la richesse de ces créatures, car elles étaient nées pour combattre, et elles ne survivaient jamais très longtemps à la violence des combats d'alors. Je compris cependant une chose, c'est qu'il me faudrait choisir un camp. Et j'espère que jamais plus je n'aurai de nouveau à détruire de mes propres mains d'autres Nephilim, Avez-vous déjà ressenti, vous, ce cri de douleur, cette onde de choc qui étreint votre pentacle toujours trop près, le choc du Shakra tout d'abord, puis cette impression de néant qui vous emplit ensuite, lorsque vous venez de porter le coup fatal ?
Cette période fut certainement la plus dure pour moi, mais je ne pouvais rester inactif devant les idées destructrices prônées par ces Nephilim menés par Morgane, d'autant que je ne pouvais que frémir d'horreur face à cette idée qu'ils avaient de tout dédier à Gaia, la terre primordiale, à laquelle ils sacrifiaient des Eolim et des Hydrim incarnés de force dans des nourissons humains. C'était, après tout, peut-être une forme de Khaïba. Dans ce cas, ce n'était probablement pas de leur faute, mais on peut comprendre alors l'acharnement qu'ont eu, et qu'ont encore aujourd'hui, les adoptés de la Force à pourchasser ces pauvres êtres, même si personnellement je ne puis l'accepter.
C'est pendant cette période de combats, alors que j'avais choisi le camp de la Force, que je profitai des premiers enseignements de Merlin. Jamais je ne pourrai oublier cette première impression que j'ai eue lorsque Merlin invoqua devant moi le Seigneur des Courants Aériens, et qu'il lui demanda de m'emporter dans les airs. Cet aigle majestueux, aujourd'hui encore je le respecte, aujourd'hui encore il vient parfois à mon aide. Et c'est alors que je compris une chose : la
Kabbale serait ma voie.
La Kabbale. Voilà ce qui m'est le plus cher au monde. Je me souviens encore de mes débuts hésitants, de mes difficultés à comprendre ce simple principe : non, les champs magiques ne sont pas seulement des courants que l'on manipule. Il faut les respecter, les sentir, pour enfin percevoir toute la vie qui en émane, et à ce moment-là seulement, les multitudes de créatures qui y vivent acceptent de communiquer avec nous, leurs cousins affaiblis. Car on ne peut imaginer la richesse de ces mondes, qui possèdent leurs géographies propres, dans des dimensions que les humains ne peuvent imaginer, ces mondes dont les Akasha ne sont que des pâles reflets, ces mondes infinis qui se rejoignent au sommet de la sapience.
Je profitais donc des enseignements de Merlin pendant quelques années, avant de tomber un jour dans une embuscade menée par des brigands qui tuèrent mon simulacre. Ces malandrins ne savaient probablement pas que par là-même, ils me forçaient à réintégrer la statuette d'ivoire qui était alors ma stase.

Je m'éveillai donc à nouveau aux perceptions terrestres en l'an 1193, dans une ville qui ne m'était pas inconnue. Cette ville, c'était Paris. Les troubles du début du Moyen-Age étaient passés, et je fus rendu à la conscience terrestre par un kabbaliste humain. C'était un Parfait, un adepte de la religion que l'on nommait catharisme à l'époque. Il savait (dieu seul sait comment) que ma stase renfermait un être magique : moi. Et c'est en tentant de l'invoquer qu'il réussit sa tentative. Je ne remplis cependant pas toutes ses espérances il me semble, car il m'a paru assez surpris du résultat. Après avoir consulté sa mémoire, je me rendis compte que sa religion était très proche de certaines religions manichéennes du début de l'histoire. La dualité bien / mal, et toutes les symboliques associées. Pour lui le monde terrestre n'était rien d'autre qu'une sorte d'enfer, et il aspirait à rejoindre un monde complètement spirituel. C'était une sorte de privilégié de sa religion, qui comptait nombres de fidèles, mais très peu de Parfaits, seuls fidèles à pouvoir prétendre un jour, au terme de nombreuses réincarnations successives, atteindre le Paradis spirituel. Quelquepart, cela me rappela tristement quelle était notre condition de Déchus, nous aussi condamnés à nous réincarner encore et encore jusqu'à l'Agartha...
Enfin... Christian (mon nouveau simulacre) projetait de se rendre en Occitanie, afin d'y rencontrer d'autres kabbalistes. Je me dis : pourquoi pas ? Après tout, ma soif de connaissance en général et dans le domaine de la
Kabbale n'avait fait que croître pendant mon sommeil, d'autant que j'avais probablement perdu beaucoup. J'entrepris donc un long voyage à pied vers le Comté de Toulouse, où je pourrais à coup sûr rencontrer de nombreux frères, loin des soucis des Templiers, qui à l'époque étaient plus occupés à étendre leur domination sur le Moyen-Orient qu'autre chose...
En terre cathare, les idées circulaient librement, les connaissances aussi, en fait, la région toute entière était une véritable mine de Sapience. Mais ce rêve trop beau ne pouvait durer longtemps... En effet, les Templiers, avides de pouvoir, ne pouvaient impunément laisser notre savoir fleurir ainsi. Ils usèrent donc de leurs appuis à Rome, dans les couloirs de la Basilique Saint-Pierre, et finalement le Pape appela une croisade contre ce havre de paix et de raffinement. La première citadelle à tomber fut Béziers : elle fut rasée, ses habitants massacrés, qu'ils fussent humains profanes, initiés ou bien Nephilim. Une à une, les cités florissantes de la région étaient pillées et détruites par l'Inquisition, sous les ordres du Temple. Finalement, les Croisés arrivèrent aux portes de Montségur en 1243. La résistance qu'ils y rencontrèrent fut opiniâtre, mais malheureusement insuffisante. Les chiens de Templiers savaient bien qu'ils nous trouveraiant là, nous, les derniers Nephilim résistants, et ils avaient apporté de quoi nous décimer : nous devions combattre contre des épées en Orichalques et nos pauvres frères qu'ils avaient asservis. Moi non plus, je ne pus résister, et je quittai pour toujours ma statuette d'ivoire pour être enfermé dans l'une de leurs épées, à de sombres desseins probablement.

Heureusement, je ne connus jamais ces sombres desseins. Il faut croire que ma nouvelle stase fut volée par je ne sais qui, enfin je n'eus pas le plaisir de devenir homoncule moi aussi. En effet, je m'éveillai de nouveau en 1378, dans une ville qui cette fois m'était totalement inconnue. Prague la magnifique. Une fois encore, je fus comme invoqué par un cercle de kabbalistes humains qui ne savaient pas avec quelles puissances ils jouaient. Un plexus, dont je ne sais comment ils avaient réussi à déterminer le lieu et le moment, me libéra de ma stase, cette nouvelle stase, l'épée templière à laquelle j'étais désormais lié. Je me souviens encore très bien, il s'agissait d'un plexus d'eau, et les humains présents confondirent les manifestations de ce plexus avec les manifestations d'une créature qu'ils imaginaient. Cela me donna tout le loisir de posséder l'un d'entre eux, qui d'ailleurs possédait une bibliothèque étonnamment bien remplie. C'était un simulacre nettement plus jeune que le précédent, qui pour autant était très cultivé. Il vécut jusqu'à l'âge avancé de 97 ans, mais malgré les précautions que j'avais prises en prévision du moment où il s'éteindrait, je fus attiré de nouveau vers ma stase.
J'avais cependant eu le temps de me plonger dans le sapience de ce siècle, et ce fut à cette époque que j'acquis mon indépendance en matière d'apprentissage de la
Kabbale. En effet, trop longtemps j'avais eu l'habitude de me faire guider par Merlin, et les premiers obstacles furent difficiles à passer seul. Je me souviens avoir étudié longtemps, travaillé durement des heures entières à chercher à comprendre ce qui parfois n'allait pas dans tel ou tel pentacle ou telle ou telle incantation.
Jusqu'au jour où enfin je remis la main sur cette invocation qui m'avait tant impressionné alors que j'étais jeune élève. Enfin j'avais entre les mains un parchemin écrit par un de mes frères, et qui décrivait dans tous ses détails la façon dont il convenait d'appeler à soi le Seigneur des Courants Aériens. Mon simulacre avait déjà la soixantaine bien sonnée quand enfin je compris toutes les subtilités de ce feuillet, et ce fut alors un réel plaisir que de graver cette invocation au plus profond de mon pentacle. J'étais désormais certain de pouvoir appeler à moi cet aigle majestueux pour les siècles et les siècles...

Florence. Aïe. Que de douloureux souvenirs. En fait, je ne me rappelle presque plus rien de cette époque. Et pour cause... Le début juste peut-être : Robert de Valicourt était le nom de mon simulacre alors. C'était un noble français en exil, qui prétendait vouloir profiter de la culture de la Renaissance italienne. L'endroit n'était pas très propice à l'étude de la Kabbale, qui restait mon objectif numéro un. Pendant des années, je tentai de collecter des informations ici et là, pensant ainsi devenir une sorte de kabbaliste pionnier à Florence, et ainsi attirer mes frères, d'autant que les courants de pensée d'alors étaient propices aux échanges culturels.
Au début, cela fonctionna à merveille. A peine cinq ou six ans après mon incarnation, je correspondais avec des kabbalistes de l'Europe entière, qui étaient parfois plus avancés que moi, parfois moins. Certains venaient même parfois me rendre visite, ce qui était presque toujours l'occasion d'échanger des points de vue. Je pense que c'est à cette époque que je devins assez mûr pour me tourner définitivement vers la voie du monde de Meborack.
Malheureusement, ce bouillonnement d'idées, comme d'habitude, n'aurait su durer si longtemps sans attirer l'attention de personnes plus ou moins antipathiques à notre cause. Et un jour, je fus capturé par les Templiers. Je ne me souviens plus des circonstances de cette capture, mais ce dont je me souviens clairement, c'est de la blessure qu'ils m'infligèrent. Mon pentacle fut déchiré sous les coups qu'ils me portèrent de leurs épées, ces épées qui luisaient de l'éclat noir et malsain de l'Orichalque. Beaucoup de mes souvenirs et de mes connaissances furent perdus à jamais à cause des trous béants qu'ils creusaient dans mon essence, et de la torture la plus ignoble qu'ils me firent subirent une fois qu'ils eurent achevé mon simulacre. Ils mirent la main sur ma stase, où je m'étais réfugié, et me forcèrent à m'incarner dans une caricature d'être humain cernée de partout par ce métal maudit. Je perdis rapidement la notion du temps, et je ne sais pas combien d'années je passai à implorer contre mon gré des créatures de Kabbale à obéir à cette voix qui me martelait sans cesse des ordres et à laquelle je ne pouvais résister. Longtemps j'ai porté la souillure de cet acte de barbarie, mais aujourd'hui enfin, en 1997, seules subsistent les leçons que l'on peut tirer de ce genre d'épreuves...

Voici ce dont je me souviens de mes éveils passés. Mais tout ceci n'est rien en comparaison de ce que j'ai vécu récemment, depuis que je me suis réincarné au vingtième siècle...

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