[ vendredi 9 août ] [ 11:20 ] [ de l'aspect pratique des choses ]
Ce matin-là dans la voiture il y aura:
un sacré paquet de linge propre
des carrés de tissus mal cousus
une pile de livres au nombre limité
un ours en peluche un peu défraichi
un sac de CDs aux boîtes abîmées
un cahier noirci jusqu'à la moitié
un ordinateur portable si l'on est optimiste
la télé et le magnétoscope, trois cassettes vidéo
un carton de shampoings, parfums, gels douche et laits pour le corps en tout genre, lunettes, produits à lentilles de contact
un appareil photo dans sa housse couleur savane
un carton d'assiettes bleues, d'assiettes roses, fourchettes et couteaux dépareillés, un plateau blanc, bleu, vert
un cendrier de verre
l'horloge ronde avec ses gros chiffres
des cadres mauves, beiges, un paquet de photos qui commencent à vieillir
une lampe sur pied repliée
des coussins bleus, blancs, mauves
une boîte à courrier vert, blanc, rose, en carton solide
deux téléphones portables et un fixe
et puis mon sac et ses clés, clopes, carnet de chèques
et puis moi, moi avec la musique.
De l'aspect pratique des choses. Il n'y aura que des objets, triés sur le volet, choisis pour leur abilité à ne pas prendre trop de place, des objets qui seront tout ce que j'aurai de la vie que je laisserai derrière, seront tout ce que j'ai de mon passé, tout ce qui me rappellera à l'avant. De l'aspect pratique des choses, autour de ces objets c'est un monde à reconstruire, à réinventer. De l'aspect pratique des choses, il n'y aura que ce petit amas matériel pour soutenir mon départ. Tout ce qui me ressemble, tout ce qui me ressemble me paraît bien peu. Devient-on matérialiste, lorsque l'on n'a plus que des objets, verre, plastique,tissus et acier froid, lorsque l'on n'a plus que les objets pour se réfugier, plus que des objets comme toute identité?