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Cauchemord

 
 

partie 1: L'aquarium

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[Bob se réveilla en sursaut, la tête remplie des images d’un cauchemar qu’il venait de faire : un cauchemar sans queue ni tête à propos d’essaims de sauterelles géantes. En ouvrant les yeux, il fut surpris de voir le mur de briques brunes de la prison devant lui. Le temps d’un bref instant, il s’était cru chez lui à dormir dans sont lit capitaine qui tombait en morceaux. Mais la réalité était encore bien plus cruelle.  

Il réalisa tout à coup que ce qu'il l'avait réveillé n'était pas son habituelle envie de pisser matinale (il avait une vessie particulièrement petite, c’est du moins ce que lui avait toujours dit le docteur Faucher en la taponnant à travers ses culottes.). Il avait plutôt été extirpé du sommeil par une odeur de transpiration aussi forte que nauséabonde.

La mémoire finit par lui revenir assez rapidement.

Les événements passés se succédèrent dans sa tête et le coeur lui fit trois tours lorsque le souvenir de Hugo Hugo lui traversa l’esprit. Il resta pétrifié de peur et souhaita mourir plutôt que de devoir jouer son rôle de « père » encore une fois. Une autre odeur, encore plus forte celle-là, lui pénétra ensuite la narine gauche. Il avait du mal à la saisir : cela lui rappela vaguement le samedi matin de sa vie d'homme libre lorsqu'il faisait l'épicerie et qu'il passait par la section de la poissonnerie. Curieux, il se retourna discrètement.

Ce qu'il vit l'horrifia.

Hugo Hugo était là, reposant sur le lit d'à côté, complètement défiguré, avec le corps ensanglanté. Une forte odeur de cadavre planait dans l'air. Que s'était-il passé ? Bob eut à peine le temps de se le demander quand la voix cinglante de John le gardien se fit entendre.]

John : Allez les amoureux, debout !

Bob : ...

John : PUTAIN DE MERDE ! MAIS QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE MERDIER ? BROCHU RESTE OÙ TU ES ! NE BOUGE SURTOUT PAS ! ALERTE ! ALERTE !

[Arrivant de nul part, plusieurs gardes envahirent la cellule, enchaînèrent Brochu, le bourrèrent de coups de pieds et le projetèrent au sol pour le questionner.]

John : Qu'est-ce que tu lui as fait, sale monstre ?

[Bob resta muet de confusion.]

John : Tu n'es qu'une bête ! Il n'avait rien fait pour se mériter une mort pareille. Sinon avoir découpé en morceaux trois employés de la ville qui donnent des tickets dans les stationnements. Ce qui n’est guère un crime tant qu’à moi.

Bob : Mais...

[Un inspecteur arriva sur les lieux rapidement. Il y en avait toujours un de garde car ce genre d'événements était fréquent, bien que rarement aussi violent que celui-ci. Il inspecta la victime avec soins pendant plusieurs minutes.]

Inspecteur : C'est le travail d'un professionnel, aucun doute là-dessus. La personne qui a fait cela savait ce qu'elle faisait. Il a été défiguré avec... avec les dents. Quelqu'un lui a arraché la peau à l'aide de ses dents. C'est épouvantable ! On voit clairement les traces ici.

[Tous se penchèrent pour regarder. Bob s'étira le cou pour mieux voir.]

Les gardes : POUAW !!!

Bob : Mais ça ne peut pas être moi ! Regardez les traces de dents. On voit clairement la dentition complète alors que moi je n'ai même pas de prémolaires. C'est à cause d'une mauvaise fonction de mon hypophyse ! C'est pour ça d'ailleurs que j'ai eu droit à ma passe pour les stationnements pour handicapés. Mais de toute façon, n’importe qui peut s’y garer de ce temps-ci, j’ai remarqué qu’y avait pu aucun agent qui checkait ça.

Inspecteur : Fermes ta gueule sale assassin carnivore ! Mordre à pleines dents dans quelqu’un ! À moins d’être un piranha, c’est de la démence !

John : En parlant de piranha, je crois que ce monstre de Brochu est mûr pour un tour dans l'aquarium. Qu’en dites-vous ?

[Les autres gardes approuvèrent et traînèrent Bob de force en direction de ce qu'ils appelaient l'aquarium, soit une cellule particulière où l'on enfermait les plus dangereux d'entre tous. Une cellule dont le mur de devant était en thermoplastique avec seulement quelques trous d'aération.]

Bob : JE SUIS INNOCENT ! QUELQU'UN M'EN VEUT ! JE VEUX VOIR MON AVOCATE !

[Quelqu'un le frappa solidement sur la nuque et il perdit conscience. Lorsqu'il se réveilla, il avait peine à respirer. Son nez était écrasé par quelque chose qu'on lui avait mis sur le visage. Un genre de masque. Il avait été également attaché solidement à un diable de déménagement.  

Bob regarda par les trous de son masque et aperçut qu’il était dans une cellule dont le mur de devant était transparent. Mais quand on y regardait bien, ce mur transparent avait l'air d'être constitué de pellicule moulante, comme si l’on avait manqué de budget pour le faire en véritable thermoplastique. Avant même qu'il ne puisse commencer à protester, un homme grand et maigre portant des lunettes et un complet vert pénétra à l’intérieur de la cellule, accompagné de gardes armés qui tenaient Brochu constamment en joue.]

Homme: C'est donc lui le dangereux criminel qui rôde dans les corridors de ma prison. Brochu, hein ? J'avais entendu parlé de toi avant que tu n’arrives mais j'aurais dû me méfier un peu plus. Tu es beaucoup plus dangereux que ce qu'on l’on m’avait rapporté. Je suis Frank Lapierre mais tout le monde ici m'appelle monsieur. Je compte sur toi pour garder ce même niveau de respect envers moi sinon tu vas trouver le temps long.

Bob: Je suis innocent du crime pour lequel on m'accuse, monsieur le directeur.

Lapierre : Pourtant, les faits tendent à prouver le contraire. Mais je ne suis pas juge. Mon seul but c'est de te garder ici comme pensionnaire le plus longtemps possible. Tu es très rentable tu sais.

Bob : Pourquoi est-ce que vous me faite porter ce masque ? J'ai de la misère à respirer ! J'ai la narine droite complètement bouchée depuis mon terrible accident de kin-ball.

Lapierre : Parce que tu es dangereux, voilà pourquoi. Tu as défiguré et assassiné Hugo Hugo, celui que l'on croyait bien être en mesure de te calmer un peu. Un mastodonte de 350 livres de muscles. Tu es capable de tout. Maintenant nous ne prendrons plus aucune chance. Ce masque de gardien de but sera ton meilleur ami pour le reste du temps que tu as à faire ici, c’est-à-dire jusqu’à la fin de tes misérables jours.

Bob: Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je n’ai rien fait. RIEN !

Lapierre : Dis ça à ton avocate, Brochu. Moi je me lave les mains de tout cela avec un gros savon jaune Sunlight. 

[Sur ces paroles, le directeur quitta les lieux. Les gardes détachèrent Bob, tout en le tenant en joue de leurs carabines à plomb. Quand ils eurent terminé, ils laissèrent Bob seul dans sa cellule avec pour seul compagnon une vieille bole de toilette malpropre sans aucun mur d'intimité autour. Brochu décida malgré tout de soulager sa petite vessie. À ce moment, une voix se fit entendre.]

Voix féminine enrhumée: Excusez-boi...

Bob: Aaaahhh.... Quel soulagement !

Voix féminine enrhumée: Pardon, vous êtes bien Bob Brochu ?

[Bob sursauta et pissa un bon coup à côté de la bole. Il remonta son zipper si rapidement qu’il faillit s’y coincer une gosse (ce qui aurait pu mettre en péril son rêve d’avoir un jour des triplets). Il s'essuya les mains dégoulinantes sur ses culottes et regarda avec un grand sourire la jeune femme qui lui faisait face de l'autre côté du mur de pellicule moulante transparente. Elle était assise sur une petite chaise de parterre qui avait connue des jours meilleurs.]

Bob : Bonjour.

Femme : Bonjour, je suis Myriam Dupuis. Je suis désolée, je suis un peu grippée ce matin. Je suis votre avocate mandatée par la cour pour venir en aide à ceux qui ne peuvent pas se payer un vrai avocat de talent.

Bob: J'ai entendu parler de vous.

[Bob s'approcha de la vitre. La femme n’était pas si mal foutue. Elle avait quelque chose dans le regard qui attira Bob vers elle. Il s'approcha de la "vitre". Elle se moucha. Il la regarda tendrement. Elle lui sourit en enlevant la crotte de nez qui était restée collée sur sa narine. Les deux se firent face un moment n'ayant que pour barrière cette vitre de pellicule moulante transparente. La jeune femme était intimidée par ce monstre mais en même temps fascinée par ce qu'il dégageait comme personnalité et comme odeur. Elle prit la parole à nouveau.]

Myriam : Je ne vous cacherai pas que vous êtes dans la merde jusqu'au cou. Mais sachez que je ferai mon possible pour vous en sortir. C'est pour ça qu'on me paye !

[Bob ne répondit pas. Il était fasciné par son regard. Il respirait de plus en plus fort de désir pour elle. Il faut dire qu'après deux semaines de prison, même un chameau lui aurait paru sexuellement attirant.]

Myriam : Le combat sera long et ardu. J'espère que vous êtes prêt à vous battre. Mais... Que se passe-t-il ? Je ne vous vois plus ! Voulez-vous bien arrêter de respirer dans cette vitre… vous l'embuée et je vous perds de vue.

[Bob recula d'un pas pour laisser la buée s'évaporer.]

Myriam : Donc, ce que je disais, c'est que ça va prendre beaucoup de courage et de persévérance. Vous... Mais voulez-vous bien arrêter de faire des petits bonhommes dans la vitre avec la buée !!! C'est sérieux cette affaire !

[Bob lui fit un sourire niais à travers l'oeil d'un de ses petits bonhommes dessinés dans la buée. Après plusieurs secondes, celle-ci se dissipa enfin et ils reprirent la conversation.]

Myriam: Êtes-vous prêt à vous battre monsieur Brochu ? Êtes vous prêt à... à.... à... ATCHOUM !!!!

[Myriam éternua un bon coup et une grosse motte verte vint s'écraser contre la pellicule moulante. Elle coula très doucement vers le sol. Ils la regardèrent longuement, fascinés par sa taille et sa couleur.]

Bob : Je suis prêt à me battre, maître Dupuis ! Ou dois-je plutôt dire maîtresse Dupuis ?

Myriam : Allons-y pour maître Dupuis, pour l'instant. Si jamais on arrive à vous faire sortir d'ici, et que nous ayons des relations sexuelles vous et moi, vous pourrez m'appeler maîtresse. 

[Elle baissa les yeux, gênée par ce qu'elle venait de dire. Pendant ce temps, Bob continuait à fixer avec stupéfaction la consistance de la grosse motte qui coulait toujours dans la vitre, inconscient des avances qu'il venait de recevoir de la part de son avocate.]

Bob : Il y'a quelque chose que je me demande depuis le début, maître Dupuis.

Myriam : De quoi s'agit-il, Robert ?

 

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LISTE DES CHAPITRES

 

Chapitre 1: Vie de prisonnier


partie 1: Une douche d'eau froide

partie 2: L'heure de la récréation

 

Chapitre 2: Cauchemort


partie 1: L'Aquarium


partie 2: Le repas est servit