TACTIQUES DU RISQUE
POLITIQUE
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Comme la plupart des acteurs, l'entreprise n'a pas vraiment les
moyens de maîtriser son histoire ni, à plus forte raison, de maîtriser l'Histoire. Sa
réaction au risque
politique se limite donc aux niveaux tactique et opératoire.
Ce fut d'ailleurs pendant longtemps la seule ambition de la
diplomatie : limiter les effets de la force à défaut de pouvoir éviter les tensions qui
sont à l'origine de l'emploi de la force. Des stratégies préventives peuvent réduire
les tensions créatrices de risques et, en tout cas, éviter leur dégradation en
sinistres.
A-PREVENIR LA GENESE DES RISQUES?
1-EVITER LES CHAMPS DE RISQUES
a) L'évitement total des pays à risque est assez dans l'air
du temps, qu'il s'agisse des pays du Tiers Monde secoués par la crise des paiements, ou
des nouveaux risques à l'Est ou ailleurs. Les Deux Grands semblent se désintéresser des
pays trop instables en Afrique ou ailleurs; et beaucoup de banques et d'entreprises se
désengagent aussi. Malheureusement le risque politique est aussi et surtout dans les pays
de l'OCDE si on considère que la récession actuelle repose largement sur des pannes de
système...
b) La diversification, géographique et sectorielle, est un
instrument classique d'évitement partiel et de couverture des risques : elle transpose au
niveau de la gestion de portefeuille le problème d'évaluation du risque individuel.
c) Les structures et stratégies flexibles dans le temps,
organisées autour de projets considérés isolément pour leurs qualités propres
("Project Finance"sans recours à l'assureur public ou même au soutien des
actionnaires), voire autour de l'entreprise virtuelle (virtual corporation).
Mais la flexibilité est plus facile à souhaiter qu'à organiser,
qu'il s'agisse des unités adapées aux fluctuations du risque ou même du noyau stable
destiné à leur servir de support. On ne connait guère d'exemples probants, y compris
dans l'univers des associations momentanées et des coentreprises en participation.
L'entreprise Terminator II, où les actifs se liquéfient pour reparaître aussitôt sous
les formes appropriées aux dangers, est encore du domaine de la science-fiction
managériale, sauf dans le secteur financier.
d) Les champs sectoriels de risques
Certains secteurs d'activité sont nettement plus sensibles au
risque politique : énergie, armement, services publics, finances, presse et communication
etc...Très surveillés par les pouvoirs publics et par l'opinion dans les pays d'accueil,
ils peuvent être évités si on veut le calme absolu. Ou faire l'objet d'une stratégie
technique, juridique, financière et politique capable de "verrouiller" les
accords passés.
2-DISSUADER LE FAUTEUR DE RISQUES
Conformément à la doctrine libérale, l'entreprise se déclare
volontiers a-politique et même victime de la politique.
Mais il lui arrive fréquemment d'utiliser les instruments de la
politique soit pour obtenir de l'Etat des avantages concrets qui semblent peu compatibles
avec le libéralisme (marchés publics, protection, subventions et crédits bonifiés);
soit pour obtenir une règle du jeu politique favorable à un jeu
économique "rationnel" (liberté des actes de management, libre concurrence,
transparence, faible intervention des finances publiques).
Selon les observateurs de la corruption, la première catégorie
d'intervenants se trouve principalement dans la construction et les travaux publics,
l'ingénierie de grands ensembles, la promotion immobilière, les grandes surfaces
commerciales, les opérations de bourse, la publicité, l'industrie pharmaceutique et la
santé publique, les grands monopoles publics de l'énergie et des communications, les
ventes d'armes, les exportations illégales... Ce qui fait -ou ferait?- un ensemble assez
considérable de professionnels tentés de renoncer à la pureté de la concurrence dans
un marché totalement libéré de l'influence de l'Etat.
La deuxième catégorie vise au contraire à obtenir le bénéfice
de règles de droit claires et justes. Elle comprend bien entendu aussi des professionnels
de la première catégorie, notamment ceux qui ont été supplantés par leurs confrères
plus habiles ou plus généreux. La pression s'exerce alors soit pour la définition de
telles règles (pression sur le pouvoir législatif ou règlementaire), soit pour leur
application à des cas particuliers (recours auprès du pouvoir administratif et
judiciaire).
Comment l'entreprise peut-elle dissuader l'Etat fauteur de risques
ou encourager l'Etat créateur d'opportunités?
a) La communication de puissance :
La menace de licenciement de personnel ou de fermeture d'usine, de
non-transfert de technologie ou de capitaux, la pratique des ententes entre entreprises et
du boycott d'un pays et, bien entendu les formes les plus agressives du lobbyisme qui
peuvent aller jusqu'au soutien de mouvements d'opposition sont des instruments puissants.
Difficiles à manier quand on ne dispose pas de la force armée,
celle du pays d'accueil (au Chili, Pinochet contre Allende) ou du pays d'origine (les
canonnières du Yang-Tse-Kiang pour soutenir la vente d'opium dans la Chine de 1840).
Certains peuples se montrent peu sensibles à la menace (les Serbes
de Bosnie? les Coréens? les Somaliens?) ou savent exploiter leur position de martyrs.
b) La communication d'intérêt général : le lobbying et la
communication institutionnelle.
Le lobbying anticipe les évolutions possibles d'une politique
législative ou réglementaire et s'efforce de les infléchir par une communication
appropriée en direction des décideurs publics sur les "issues", les problèmes
et les solutions. Il commence par la fourniture d'informations, poursuit par
l'argumentation, puis par la relance et la pression, et peut très bien déboucher sur la
politique de puissance déjà évoquée ou sur la corruption.
Plus visible et d'ailleurs orientée sur l'opinion publique en
général, la communication institutionnelle présente l'entreprise et pas seulement ses
produits, ce qui est le rôle de la publicité, sous un jour favorable. Tout y passe : la
qualité des techniques, l'effort de recherche, la formation des employés, le mécénat
humanitaire et culturel, les rapports avec les collectivités locales, le respect de
l'écologie et l'engagement civique pour la sauvegarde des valeurs (il s'agit, on l'aura
compris, des seules valeurs spirituelles de la communauté d'accueil). Cette image
favorable peut constituer un soutien dans les dialogues difficiles avec l'Etat.
c) La corruption :
La corruption se pratique beaucoup dans les pays du Sud, de l'Est et
de l'Ouest et se raréfie au Pôle Nord, faute de présence humaine. Elle est ici une
forme dérivée de l'impôt ou du "seigneuriage", là une panne de système,
ailleurs un moyen de financer rapidement le pouvoir, le prestige et le confort des
"nomenklatura".
Le rôle indispensable mais flou des intermédiaires et des services
dans les relations d'échange, les facilités récentes de la circulation monétaire par
comptes numérotés, l'argent de la drogue approvisionnent aisément les caisses noires.
Du côté des destinataires, les techniques traditionnelles de
l'enveloppe, des petits cadeaux (les limousines de Brejnev), les week-ends luxueux des
faiseurs d'opinion, les commissions occultes, les travaux dans la résidence personnelle
sont relayées par des moyens plus sophistiqués. "Pantouflage" d'un
fonctionnaire de contrôle, investissements ou achats dans une entreprise appartenant à
sa famille, information d'initié procurant des profits boursiers...
L'imagination est illimitée et les sommes impliquées sont
considérables. Une étude de la Banque Mondiale estime entre 80 et 150% du PNB national
les avoirs détenus illégalement à l'étranger par les gouvernants corrompus des pays du
Sud. Il;semble qu'on ignore le montant de la corruption dans les pays de l'OCDE.
La technique est ancienne et fort répandue. Mais:
- la corruption, ce n'est pas légal, ni encore moins moral :
cela combine l'abus de biens sociaux de l'entreprise et le détournement des biens
publics, l'appel à la malhonnêteté, et surtout, si on ose dire, l'affront à la main
invisible du marché.
- donc cela peut avoir des effets néfastes : en cas de
changement de personnes ou d'idées au gouvernement, ou changement du gouvernement,
révolte populaire, ou judiciaire (surtout quand "les petits juges" étalent les
turpitudes des managers), fronde des actionnaires mécontents des "abus de biens
sociaux", aigreur de fonctionnaires écouerés ou de journalistes à la recherche
d'un "Bakchichgate". Sans négliger le fait que l'opposition politique se fait
un malin plaisir à soulever les scandales, juste avant de revenir au pouvoir; plus tard,
elle trouve des arrangements avec sa conscience. Il ne faut même pas se fier aux pays où
règne la loi du silence et où une pudeur apparente justifie la réticence envers la
délation : les archives de la Gestapo, ou tout simplement celles des préfectures,
montrent que la délation, justifiée ou non, est un sport largement répandu.
- c'est difficile : on peut se tromper sur la personne à
"backchicher" (cas fréquent) ; comment éviter l'effet d'imitation : le
"backchich" réclamé par d'autres intervenants, le don considéré dans
certaines cultures comme forme élémentaire de l'échange, les rançons? Sans compter que
dans les démocraties multipartis ou multiculturelles, il faut effectuer des versements
...multiples, et renouveler en cas d'alternance.
- apparemment moins coûteuse qu'une bonne compétitivité, la
corruption détourne le management des actions sérieuses qu'il faudra bien
entreprendre un jour sur le rapport qualité-prix des services offerts à la
clientèle...Les industriels familiers des marchés à forte corruption finissent par
s'endormir face à la concurrence : c'est sans doute un des effets pernicieux du travail
exclusif avec les pays émergents (avant leur émergence), effet plus grave que les
délais de remboursement de la dette.
La confiance en sa bonne étoile ("Pas vu, pas pris"), la
justification par la pratique générale font de la corruption une drogue, douce ou dure,
dont les lendemains sont parfois difficiles.
B- SE PROTEGER CONTRE
L'IMPACT DES RISQUES
1- L'INGENIERIE INTERNE:
a) l'ingénierie de la sécurité :
L'inventaire des sources possibles de risques (situations
dangereuses), des impacts sur l'entreprise (éléments vulnérables, diffusion des effets)
fournit les éléments d'une politique de prévention . Le minutieux travail effectué par
les ingénieurs du risque technologique a depuis longtemps élaboré des concepts
d'analyse transposables dans le domaine du risque économico-politique (fiabilité,
déviations, arbres de défaillances, seuil critique etc...). Nous ne connaissons pas de
travail aussi approfondi pour l'analyse du risque économique qui se limite généralement
à la gestion du risque matérialisé par une défaillance de paiement.
b) L'optique de" PROJECT FINANCE":
Un projet est un ensemble de contrats de fournitures, de services,
de financements etc... mis au service d'une production finale destinée aux usagers et
consommateurs. Il entraine la mise en place d'actifs, donc une répartition des charges et
des ressources, ainsi que des risques entre les parties prenantes.
Dans les années 70, l'insuffisance des promoteurs locaux et des
épargnes mobilisables ont progressivement conduit à transférer l'essentiel du risque
commercial et du risque politique aux constructeurs étrangers, à leurs banquiers et à
leurs gouvernements. L'excessive concurrence des banques pour recycler les pétrodollars a
précipité ce mouvement jusqu'à la crise de la dette en 1982.
Malgré son légitime souci de circonscrire sa prestation et son
risque, l'intervenant extérieur a donc été conduit à prendre en charge une part
importante du montage économique et financier de l'opération et de sa conduite jusqu'à
la prise de relai par le management local et le marché des capitaux.
Cette prise en charge, acceptable et recherchée quand l'intervenant
étranger est le promoteur du projet (investissements de production ou de
commercialisation des multinationales) posait problème à ceux qui souhaitaient seulement
agir en constructeurs ou fournisseurs, c'est à dire la quasi totalité des entreprises
non concernées par la vague d'implantations directes des années 80.
Ceci s'est largement traduit par un transfert sur le contribuable
national par l'intermédiaire des crédits d'aide, du non-remboursement de la dette
publique, des assurances-crédit budgétisées, des provisions fiscalisées pour créances
douteuses.
Pour des raisons qui tiennent, d'une part à la crise des finances
publiques, d'autre part à la philosophie libérale des "eighties", le
contribuable se montre aujourd'hui nettement plus réservé dans ses largesses.
Au contraire des financements traditionnels où le statut du garant
extérieur, le plus souvent public, dispense de l'étude juridique approfondie du projet,
on note aujourd'hui un certain retour du "Project Finance" où le projet est
soigneusement examiné en fonction de ses profits et risques propres et même faire
l'objet de notation.
La dépêche AFP du 7 Février 1994 résume bien le sujet:
"La firme de notation Standard & Poor's a annoncé lundi
la création d'une équipe de notation et d'analyse du marché de financement de projets
d'infrastructure, dirigée par M.William Chew.
S and P a été, selon elle, la première firme de notation et
d'analyse à établir des critères de notation détaillés pour ces projets au
financement complexe.
"La demande mondiale de financements d'infrastructures est
immense; elle dépassera 500 milliards $ avant l'an 2000 en Asie seulement" affirme
Leo O'Neill, président du groupe S & P.
Avec l'Amérique Latine, le marché asiatique semble le plus
attirant pour les entreprises, compte tenu de la croissance des économies locales. Mais
les besoins sont également énormes en Europe de l'Est et en Afrique.
Or les financements, qui proviennent traditionnellement de prêts
bancaires et privés, dépendent de plus en plus des marchés financiers.
La capacité des entreprises et des gouvernements à minimiser
les risques pour les créanciers, la réticence croissante des banques aux investissements
risqués et la dimension des projets, qui excèdent souvent la capacité de prêt des
banques, sont responsables de cette nouvelle tendance, selon S & P.
Aux Etats-Unis les financements sont utilisés surtout pour la
construction de réseaux électriques, mais dans d'autres pays, ils sont utilisés pour
les routes, des systèmes d'égoûts et de lutte contre la pollution.
La notation de ces projets apparaît particulièrement
nécessaire en raison de la fluctuation des devises et des risques liés aux ouvrages de
construction, a souligné M.O'Neill."
Dans un système d'échange international harmonisé par le GATT,
dans un cadre macroéconomique assaini par le Consensus de Washington, le management
financier des projets va-t-il faire disparaître les risques du Tiers Monde?
c) l'ingénierie des crises :
En matière économique comme dans les relations internationales et
dans les catastrophes naturelles ou technologiques, la crise se présente avec des
caractéristiques de surprise, d'urgence et de gravité. Il s'y ajoute une émotivité qui
estompe les références habituelles en matière de savoirs, de comportements et même de
valeurs.
Les crises financières, comme les guerres ou les tremblements de
terre, peuvent générer des syndrômes de panique moutonnière (herd syndrom) avec ses
effets néfastes sur le comportement des clients, des actionnaires et créanciers, des
employés. Cela se voit fréquemment dans les secteurs à haute volatilité (Bourse,
marchés des matières premières) et quand la demande est artificiellement poussée par
l'offre (flambée de l'immobilier dans les années 80).
Comme en matière de risque catastrophique ou technique, il est
essentiel de se préparer à des scénarios de crise (ex: embargo, prise d'otages, rupture
de circuit d'approvisionnement ou de paiement...). Lorsqu'il y a risque permanent
d'incendie politique, il est prudent de vérifier en permanence les signaux d'alarme et
les circuits d'évacuation.
2- L'INTERVENTION PUBLIQUE:
En cas de dommage d'origine politique, l'intervention des autorités
du pays d'origine peut être recherchée auprès des pouvoirs locaux.
Une démarche diplomatique, toujours aimable, n'est pas inutile mais
bien rarement suffisante : il ne faut pas surestimer la force de l'argumentation ni celle
de notre prestige. Et on ne dispose pas toujours facilement des Marines ou de la Légion
Etrangère.
Une intervention a davantage de chances de succès si elle implique
d'autres enjeux concernant les deux pays, voire l'éventualité de contre-mesures de
rétorsion ou de représailles ( ) ou même le recours aux organismes multilatéraux.
C'est là une stratégie lourde qu'une Ambassade n'envisage
qu'après mûre réflexion . Le zèle mis à défendre tel intérêt très particulier
peut très bien se retourner contre des intérêts plus importants : il existe
d'innombrables exemples, en Chine et ailleurs . La très libérale Mme. THATCHER a
elle-même cédé à la tentation de lier fournitures militaires et contrats civils à la
Malaisie, ce qui vaut à son successeur un solide boycott.
On peut réfléchir à ces questions en s'appuyant sur l'ouvrage
cité en bibliographie sur les contre-mesures en droit international économique . On peut
aussi tirer la leçon de nos expériences...
L'intervention publique multilatérale est sans doute préférable
à la précédente et n'est d'ailleurs pas incompatible pour plusieurs raisons :
- avantage de la neutralité qui évacue le côté passionnel, voire
anti-français ou anti-américain, ou anti-allemand, qui marque parfois les relations
entre deux pays;
- les enjeux du pays d'accueil envers la communauté internationale,
ou une communauté régionale comme la CEE sont évidemment plus importants que ceux qu'il
engage avec l'économie d'un seul pays fournisseur;
- les procédures multilatérales ont un impact publicitaire qui
peut modérer les mauvaises volontés locales : c'est un aspect de la "présence
rassurante" du groupe de la Banque Mondiale;
Cependant la bienveillance d'autres pays partenaires ou des
correspondants d'organismes internationaux n'est pas acquise, surtout en dernière minute
: raison supplémentaire pour engager très tôt avec eux des relations de confiance
basées sur la correction en affaires.
Tout risque implique un coût, de prévention avant et de
réparation après le sinistre. Ce coût est toujours répercuté: un dommage suscité
quelque part sur la planète est inévitablement subi ou réparé par quelqu'un. Oui mais
par qui?
L'art du gestionnaire de risque consiste à en organiser la
répercussion ou le transfert dans l'espace et dans le temps. Une manière encore plus
efficace consiste à exploiter le risque politique inévitable.
1- LE TRANSFERT DANS L'ESPACE
Il consiste à faire partager le risque aux partenaires actuels de
l'entreprise :
- - la première répercussion possible, c'est le retour à
l'envoyeur sous diverses formes : surfacturation, recherche en responsabilité,
représailles, saisie compensatoire de biens. C'est possible envers un adversaire privé,
c'est plus difficile envers un partenaire public : les saisies de fonds iraniens, irakiens
n'ont pas été simples à réaliser.
- - l'étalement sur les autres clients, à travers le chiffre
d'affaires, est largement pratiqué par le commerce, l'assurance, la banque etc...La
précaution élémentaire consiste évidemment à couvrir le risque par un taux de profit
approprié auprès des clients à risque (par surfacturation) ou d'autres clients captifs
(quand on maîtrise une "vache à lait");
- - l'étalement sur les prêteurs et autres fournisseurs de
ressources : c'est ce qui est pratiqué en cas de dépôt de bilan, de diminution des
versements de dividendes (jusqu'ici plus facile à opérer envers les actionnaires
français qu'aux Etats-Unis où elle est immédiatement sanctionnée en Bourse; les
actionnaires belges viennent également de manifester leur humeur envers le président
d'un grand groupe français);
- - la mutualisation des risques par profession ou par le
circuit bancaire (décision Reagan devant la crise mexicaine en 1982);
- - le transfert aux assureurs et réassureurs qui répercutent
sur leurs propres clients lorsque le risque est probabilisable (par exemple, assurance
décès ou de transports);
Pour les assureurs, le risque politique est souvent trop important,
imprévisible et singulier pour relever de la loi des grands nombres. Il est donc
difficilement assurable dans les conditions classiques du marché.
On pourrait cependant imaginer, de la part des assureurs ou
réassureurs, un calcul de prime tenant compte du fait que certains pays, certaines
secteurs, ou certaines entreprises sont des habitués du risque politique et peuvent faire
l'objet d'une couverture et d'une gestion conjointes entre l'assureur et l'assuré. Il
faut alors tenir compte de l'exposition spécifique au risque et aussi de la capacité et
de la volonté de le maîtriser.
- - le transfert au marché financier sous la forme de
fluctuations des valeurs boursières et de titrisation des créances, de couverture du
risque de change etc...; Dans le temps où la diplomatie réglait le problème de la dette
et abordait celui de l'ajustement structurel, de l'ouverture et du libéralisme,
l'ingénierie financière proposait des principes et techniques dont la répercussion
n'est pas négligeable sur le financement et les risques des marchés émergents.
Préparée par les euromarchés circulant hors des règlementations
nationales, la globalisation financière introduit une large mobilité des capitaux
(fluidité des mouvements de fonds) et une facilité pour substituer des actifs d'un actif
à l'autre et d'une devise à l'autre.
*La déréglementation des marchés:Par disparition
progressive du contrôle des mouvements de fonds, et des discriminations fiscales
*Le décloisonnement des marchés: Aujourd'hui les marchés
financiers nationaux communiquent directement et en temps réel. L'échange international
des monnaies ne concerne plus seulement les échanges de biens et services, ni-même les
titres de propriété (actions) mais l'ensemble de l'activité financière du pays.
Chaque capitaliste peut, théoriquement et souvent en fait, choisir
l'objet, le lieu et le support monétaire et financier de son investissement. Mais chaque
gestionnaire (par exemple un assureur) peut faire de même avec sa trésorerie à court
terme et même avec ses créances commerciales (titrisation par les Fonds communs de
créances, swaps de créances).
Le marché financier mondial connaît l'unité de lieu (toutes les
places sont interconnectées) et l'unité de temps (fonctionnement en temps réel 24h sur
24).
*Gestion de risques séparée du financement: swaps, futures,
options.
Les nouvelles techniques financières (swaps, options, futures)
permettent de limiter les risques de fluctuations des taux d'intérêt, de change et des
cours de matières premières auxquelles les pays en développement sont particulièrement
sensibles.
La SFI s'efforce de diffuser la connaissance de telles techniques
par les opérateurs des pays émergents et propose son intermédiation pour les
entreprises qui ne peuvent accéder aux couvertures à long terme, les pluus
intéressantes.
Le Mexique fournit un bon exemple de couverture du pétrole
destinée non à faire des profits spéculatifs mais à réduire la volatilité des
recettes d'exportation.
Une autre forme de risque résulte de la sensibilité des pays en
développement aux chocs macroéconomiques d'origine externe: elle peut suffire à
décourager l'initiative. La Banque Mondiale souligne la nécessité de politiques
propices à la flexibilité et à la capacité de répondre aux signaux de prix; de
programmes d'investissement solides sous diverses alternatives et enfin l'usage approprié
des techniques de couverture.
- - le transfert aux contribuables : sous forme de garantie
gouvernementale du risque-crédit, de provision défiscalisée, d'aides exceptionnelles,
de moratoires divers témoignant de la solidarité nationale envers les entreprises
exportatrices ou envers les pays endettés etc...
Une formule plus ingénieuse que rassurante consiste à centraliser
les mauvaises dettes dans des sociétés financières ou d'assurances captives, voire dans
les Fonds de pension du personnel (technique Maxwell) ou dans des Fonds communs de
créances mobilisés sur le marché. On combine ainsi les avantages fiscaux de la
provision, le dégraissage des bilans de la maison-mère, l'appel aux ressources
supplémentaires du marché boursier et, si nécessaire, la faillite de la société
filiale. Comme dirait Raymond Devos, le bilan c'est ce qu'on dépose quand il n'y a plus
rien à ramasser.
B) LA CREATION FINANCIERE
1) la desintermédiation consiste à transformer des
créances à court terme en financements longs portés par le grand public et les
investisseurs institutionnels.
Par ce dispositif, les banques se dégagent de la responsabilité du
crédit en plaçant des créances, parfois douteuses (crédits aux PVD, crédits
immobiliers) auprès du public et des investisseurs institutionnels.
D'autres intervenants, et notamment les grandes entreprises,
procèdent de même en tirant avantage de la déréglementation pour porter directement
sur le marché des titrs représentatifs de leurs avoirs et notamment de leurs créances
à court terme.
2) D'autres instruments "privés" permettent de
créer de la finance à partir de certaines anticipations. Les célèbres "Junk
Bonds", par exemple, sont des anticipations sur les bénéfices attendus des OPA sur
des entreprises disposant d'actifs mobilisables.
2- LE TRANSFERT DU RISQUE DANS LE TEMPS
L'étalement dans le temps est sans doute le plus confortable car il
porte sur des populations qui ne participent pas à la décision et ne subissent pas
l'impact immédiat.
Cela peut se faire de diverses manières:
- le financement des réparations par un crédit à
rembourser à long terme, notamment la dette publique ou encore par le flottement de la
dette secondaire;
- les techniques du Plan Brady pourront vraisemblablement
resservir, voire être transposées au niveau de la gestion d'entreprise. Elles consistent
à transformer la dette impayée en participations (debt-equity swap), ou en autres dettes
à taux plus faible garanties à long terme par le Trésor américain.
- la récupération partielle de la créance n'est pas
exclue, même au delà du recours à l'assurance, car le débiteur reste soucieux de faire
bonne figure sur les marchés financiers.
Il existe en outre un marché secondaire de la dette avec ou sans
transformation en titres obligataires : les acquéreurs sont des financiers désireux
d'investir à faible prix dans le pays débiteur.
Assez souvent ce sont des opérateurs locaux qui avaient su
transférer des avoirs en devises (prélevés sur les anciens crédits?) et qui se font
ainsi indirectement subventionner leurs investissements dans leur propre pays. Tout le
monde y trouve son compte, sauf les contribuables du pays d'accueil ...et du pays
d'origine de la créance impayée.
- le prélèvement sur l'épargne et le patrimoine existants,
faisant ainsi perdre aux générations futures le bénéfice d'actifs accumulés (ex:
Maxwell finançant ses pertes grâce au Fonds de pension de ses employés, la
privatisation des entreprises nationales pour couvrir des dépenses de fonctionnement
courant).
Pour certains pays débiteurs, la dilapidation ou l'absence
d'entretien du patrimoine naturel (forêts amazoniennes?) est une version écologique de
cette technique. La production de drogues est une autre manière de se payer sur le
patrimoine sanitaire de l'humanité. Le chantage à l'absence d'entretien des
installations à risques peut aussi devenir un instrument de négociation des dettes
publiques dans les pays de l'Est.
-la création monétaire par la Banque Centrale ou par
"les nouveaux instruments financiers" et les Junk Bonds; l'inflation organisée
est un forme d'impôt sur l'avenir;
Dans la plupart de ces processus de transfert, le rôle essentiel
n'appartient pas directement à l'entreprise mais à des acteurs d'intermédiation plus ou
moins puissants : assureurs, banquiers, finances publiques d'un Etat, communauté
internationale.
Cette couverture intégrale par les autres, dans le temps et dans
l'espace, ne demande que l'indulgence des autorités du pays d'origine qui n'a jusqu'ici
pas été refusée en dépit d' exemples malheureux. Ces véritables systèmes de
sécurité sociale pour risque-pays peuvent pousser à l'irresponsabilité des opérateurs
industriels et financiers qui seraient trop prompts à s'approprier le risque profitable
et à socialiser le risque matérialisé. La couverture du risque politique est aussi une
décision politique dans la mesure où elle implique un choix de société sur le
destinataire final du dommage.
D- EXPLOITER OU SUSCITER LE RISQUE:
(Cette tactique présente quelques questions
d'ordre éthique, les autres
tactiques aussi)
1- EXPLOITER LE RISQUE A POSTERIORI:
Indépendamment des méthodes de couverture et de récupération, le
dommage subi peut être valorisé de diverses manières. Sauf évidemment si les
circonstances ont envenimé le contentieux, la défaillance du partenaire local peut
apporter des avantages indirects:
- auprès de l'auteur du dommage, en obtenant des avantages
connexes (par exemple une concession ou une part de marché) qui peuvent s'avérer plus
rémunérateurs que la perte encourue. Certaines nationalisations (Suez, Indochine) ont
suscité des reconversions fort honorables;
- auprès de concurrents moins bien armés pour supporter un
risque commun (par ex. modification de conjoncture ou de fiscalité) et qui peuvent
disparaître du marché au profit d'un acteur plus persévérant;
- l'expérience acquise peut s'avérer utile dans d'autres
circonstances et dans d'autres pays ainsi que l'image de partenaire de bonne volonté.
D'une manière générale il faut bien rappeler que le risque est
l'autre face de l'opportunité, l'un et l'autre suscitant le profit nécessaire aux
entreprises. La difficulté, comme toujours en manière de stratégie et de calcul de
rentabilité, consiste à envisager le cadre spatial et temporel approprié pour retrouver
les équilibres souhaitables.
2- SUSCITER LE RISQUE?
Dans la vie politique, il est fréquent que des groupes sèment le
désordre afin de susciter un ordre différent, ou en tout cas le leur; c'est le rôle des
techniques "terroristes" et de commando. Ce fut la mission des SA de ROEHM dans
l'Allemagne des années 30, récompensée on le sait par l'ingratitude hitlérienne de
"la Nuit des longs couteaux".
D'autres groupes au contraire réparent de menus désordres auprès
de la population afin de se faire accepter avant le bouleversement espéré des
institutions. Les exemples ne manquent pas : associations de solidarité sociale
"compagnons de route "du Parti Communiste, encadrement des jeunes des banlieues
par les intégristes musulmans, solidarité mafieuse dans les villages siciliens.
Des techniques comparables ne sont pas inimaginables dans la vie des
entreprises. En aidant Hitler, le patronat de la Ruhr a sans doute joué avec le feu : il
a reçu le feu. Par contre, au Chili, l'intervention des sociétés minières américaines
ne s'est pas trop mal terminée pour elles, ni même à terme pour la démocratie, en tous
cas pour la démocratie de marché puisque le Chili est aujourd'hui devenu un
"Jaguar", l'enfant prodigue de l'Amérique latine et de la Banque Mondiale.
A des niveaux plus modérés, on peut déstabiliser un marché ou un
concurrent par des techniques bien connues : embargo, dumping, débauchage de personnel
qualifié (par exemple un redoutable directeur des achats d'origine basque), communication
mensongère et procès plus ou moins abusifs (par exemple contre un redoutable directeur
des achats d'origine basque...). La détabilisation peut s'avérer plus redoutable qu'un
dommage matériel direct car son impact est plus long et surtout il porte sur des biens
immatériels de haute rentabilité (image de l'entreprise, moral du personnel, capacité
d'organisation)
La technique de l'incendiaire, escroc à l'assurance.
CONCLUSION :
En matière de risque politique, cet article n'a pas découvert la
clé du champ de tir, mais ne peut prétendre qu'elle n'existe pas. C'est seulement un
aide-mémoire des facteurs et processus qui génèrent ou peuvent générer des risques
politiques. C'est aussi un survol des instruments qui peuvent permettre de gérer ces
risques.
COMPLEMENTS :
<ACTEURS SUR INTERNET>
<BIBLIOGRAPHIE DES
ACTEURS>
<TABLE DE L'ECONOMIE>
<Bibliographie de
l'entreprise> <Entreprise
sur Internet>
<Intelligence économique><Veille économique>
<Observer><Comprendre> <Expliquer>
<Prévoir>
<Le risque économique>
<Le risque
politique>
Risque international de
l'entreprise Stratégies du risque politique
|