REVOLUTION ET COMMUNISATION
![]() Entre le capitalisme et le communisme, il n'y a pas une sorte de mode de production mixte et intermédiaire. La période de « transition » ou plutôt... la période de rupture est cette phase où un processus communiste devra s'affronter aux séquelles humaines et matérielles d'une ère d'esclavage et neutraliser les forces qui les défendent. Il n'y aura pas dans un premier temps révolution armée puis ensuite, permise par cette révolution, la transformation de la réalité sociale. Révolution et communisation sont intimement liées. La révolution, c'est la communisation des rapports entre les hommes au travers de mouvements de masse dirigés contre les rapports marchands et I 'Etat. ![]() La révolution sera un formidable ébranlement social. Elle implique des heurts et n'exclue pas la violence. Mais si elle est une force, son problème essentiel n'est pas un problème de violence et la condition de sa réussite n'est pas essentiellement une question de force militaire. Cela parce que la révolution n'est pas une question de pouvoir. Elle ne dispute pas l'État et l'Économie aux puissants en place. La révolution communiste ne recherche pas le pouvoir, même si elle se donne le pouvoir de réaliser ses mesures exprimant le refus pratique de l'État et du capitalisme. Ce refus pratique s'exprimera par la formation de communautés de lutte indépendantes des institutions étatiques ( partis, syndicats, police, armée ), permettant un véritable engagement de tous, l'unité et la transparence effective des décisions et de leurs applications, refusant la division représentants-représentés; par l'instauration de rapports non-marchands qui dans un premier temps pourraient se servir de certains aspects des structures productives d'aujourd'hui en le réorientant dans le sens de la satisfaction des besoins humains et en distribuant les produits. ![]() La force de la révolution, serait d'être un rapport social qui bouleverse les êtres, qui fait des hommes les sujets de leur propre histoire. C'est en rompant les liens de dépendance et d'isolement qu'elle détruira l'État et la politique, c'est en abolissant les rapports marchands qu'elle détruira le capitalisme . ![]() La révolution communiste n'est pas le heurt entre deux armées; l'une aux ordres des privilégiés et des exploiteurs, l'autre au service des prolétaires. Elle ne peut être ramené à une guerre dont l'enjeu serait la prise du pouvoir et le contrôle des territoires. Les prolétaires glisseraient sur le terrain de l'ennemi s'ils se livraient à un affrontement camp contre camp, s'ils cherchaient à stabiliser un rapport de forces, à préserver des « acquis » par la construction d'une autre structure étatique. La révolution dégénérerait alors en guerre civile, glissement fatal qui ne ferait que reproduire les échecs du passé. L'affrontement entre des armées, rouge et blanche, ne serait pas la révolution communiste, mais la transformation des prolétaires en troupes d'une quelconque avant-garde. ![]() Les prolétaires auront pour atouts d'être mobiles, n'ayant ni patrie à défendre, ni État à construire. Face à eux, il V aura l'armée et la police, mais aussi tous ceux qui voudront que les êtres humains soient toujours dominés, exploités, ou qui ne pourront envisager la vie humaine que de cette façon. Par la transformation immédiate et radicale de l'organisation sociale, il faut que les militaires et les conservateurs du présent soient privés de quelque chose à défendre. L'armée, les groupes para-militaires ne peuvent pas tout par eux-mêmes en tant qu'organisations de la violence. Leur action peut s'exprimer directement par la destruction des hommes et des choses, mais aussi en créant et en entretenant une situation de pénurie propre à développer l'égoïsme, la peur... Ils seront relayés en cela par ceux pour qui ce qui existe est le meilleur des mondes possibles, qui chercheront à canaliser la violence des exploités. Préconisant les liquidations massives d'opposants réels ou supposés, donnant ainsi aux frustrations qui commenceront à s'extérioriser des objectifs meurtriers, ils appelleront au meurtre pour éviter que ne se pose la nécessité pour les hommes d'organiser leur vie pour eux-mêmes. ![]() La révolution communiste ne repose ni sur le goût du sang, ni sur l'esprit de vengeance. Son objectif n'est pas le massacre, mais l'émergence d'une communauté réconciliée. Les mouvements du passé montrent que le sang versé tient généralement pour une faible part aux insurgés. Ce sont les forces de conservation sociale qui ont massacré, emprisonné, déporté. Le sang a coulé durant les combats, mais souvent après leur victoire. Il leur fallait détruire ceux en qui la révolution semblait résider. A l'inverse, l'éthique du mouvement communiste implique la possibilité de changer de vie pour ses adversaires, en agissant de telle façon qu'ils comprennent, le plus largement possible, que la jouissance véritable ne réside pas dans l'humiliation et la mort, mais dans la réalisation de la communauté des hommes sans maîtres ni esclaves. La guerre est avant tout destruction et soumission des hommes. La révolution communiste a pour but de balayer les structures matérielles et mentales de l'oppression et non de détruire et soumettre les hommes . ![]() Ce dont il s'agît, c'est de rejeter le monde de la domination, en brisant tous les rapports sur lesquels il se fonde : ce n'est pas de constituer une armée, c'est d'abolir l'armée, ce n'est pas d'accepter que certains deviennent ministres ou commissaires du peuple, c'est de rendre inutile ce type de fonction. ![]() |