L'histoire des C.F.M.  

La présente page portant sur l'histoire des Compgnies franches de la Marine est subdivisée en sept chapitres:

I. La création des C.F.M. IV. Théâtres d'opérations
II. Les C.F.M. en Nouvelle-France V. Particularités et adaptations
III. L'organisation des C.F.M. VI. Apports des C.F.M. à la colonie
VII. Reconstitution des C.F.M.

  I. La création des C.F.M.

Bien avant 1622, les capitaines de navires recrutaient des soldats déjà entrainés dans divers ports du royaume de France et les regroupaient en compagnies pour qu'ils puissent défendre le navire contre une éventuelle attaque en mer. Lorsque l'équipage était occupé à manoeuvrer le navire, les soldats défendaient le bateau par le tir de mousqueterie lors des abordages. Il faut toutefois spécifier que ces compagnies n'étaient recrutées et utilisées qu'en temps de guerre.

En 1622, le cardinal de Richelieu régularisa leur rôle en créant une centaine de "Compagnies Ordinaires de la Mer". Elles gardèrent leur rôle précédents, mais se virent aussi affectées à la garde des ports et des arsenaux en temps de paix. Quelques années plus tard, soit en 1626, des Compagnies Ordinaires de la Mer furent réunies pour former le régiment "La Marine". Neuf ans plus tard, le cardinal de Mazarin les intégra à l'armée de terre.

En 1669, Jean-Baptiste Colbert, ministre de la Marine, mit sur pied deux nouveaux régiments pour le service de la Marine: le "Royal-Marine" et "L'Amiral". Ces deux unités furent néanmoins transférées à l'armée de terre. En 1683, trois compagnies des "troupes de la Marine" furent envoyées à Québec dans le but de contenir  les Iroquois qui s'attaquaient aux routes commerciales de la colonie.

En 1690, lors de la réforme de la Marine royale française, lle ministre de la marine créa cent "Compagnies franches de la Marine". En 1691, Trois de ces compagnies prirent activement part à la défense de la ville de Québec contre les armées de Phipps qui l'assiégeait.

Le 30 mai 1695, un règlement du ministre de la Marine dicte la discipline, la justice et la police des Troupes de la Marine qu'il entretient en Nouvelle-France. À partir de ce jour, ces troupes ne servirent plus en mer, bien que toujours dépendantes financièrement et matériellement du ministère de la Marine, mais se consacrèrent à la défense des routes commerciales et des postes de traites de la colonie.

  II. Les C.F.M. en Nouvelle-France

En 1682, le Sieur Le Febvre de la Barre, gouverneur de la Nouvelle-France, réclama au ministre de la Marine l'envoi de nouvelles troupes régulières. Trois  Compagnies franches de la Marine, 156 hommes en tout, arrivèrent à Québec le 7 novembre 1683 dans le but d'assurer la sécurité des voies de commerces de fourrures et de réduire la menace iroquoise. Durant les trente premières années du XVIIIe siècle, le nombre des compagnies présente dans les colonies se stabilisa à environ 28, puis augmenta à 35, voire même jusqu'à 40, à la fin du Régime français.

Les Compagnies franches de la Marine furent stationnées dans tous les postes français en Amérique du Nord. Elles furent, en effet, présentes dans les villes de Québec, Montréal, Trois-Rivières et Louisbourg ainsi que dans les forts de Frontenac, Niagara, Michilimackinac, Saint-Frédérick, Chambly, Beauséjour, Laprairie, Sault Saint-Louis, Lac des Deux-Montagnes et Détroit. Elles furent chargées de la garde des rivières Ohio et Mississippi ainsi que des colonies de Louisiane, Guyane française, Guadeloupe et Martinique. Leurs fonctions étaient de préserver l'intégrité du territoire français des empiétements des Britanniques et de leurs alliés amérindiens ainsi que de protéger les colons contre toute attaque en temps de guerre.

Les Compagnies franches participèrent, de 1683 à 1760, à tous les affrontements qui marquèrent l'histoire de la Nouvelle-France. Elles furent présentes  à Québec, sous les ordres du gouverneur de Frontenac durant le siège du général Phipps en 1691. Elles livrèrent aussi combat sous le Sieur d'Iberville pour reprendre le Fort Nelson et la Baie d'Hudson en 1697 et conquérir Terre-Neuve.

En 1743, le roi de France, Louis XV, donna l'ordre d'établir des Compagnies de Canonniers-Bombardiers en Nouvelle-France. Celles-ci furent formées des meilleurs soldats des Compagnies franches. Par contre, de 1754à 1758, elles furent rejointes par plusieurs bataillons provenant de divers régiments de terre (tels le "Béarn", le "La Sarre", le "Guyenne", le "La Reine", le " Royal-Roussillon", le "Berry" et le "Languedoc")  qui furent envoyés en renfort en prévision de la guerre de Sept Ans. À partir de ce moment, les Compagnies franches de la Marine ne furent plus les seules troupes à défendre la Nouvelle-France.

En 1759, les Compagnies franches de la Marine participèrent à la bataille des Plaines d'Abraham, sous les ordres du général de Montcalm. L'année suivante, soit en 1760, les C.F.M. participèrent à la dernière victoire des Français en Nouvelle-France. À la fin du conflit, une partie des effectifs des Compagnies franches retourna en France pour servir dans d'autres régiments du roi. La plupart des soldats décida néanmoins de rester en Nouvelle-France et de reprendre leurs occupations.

  III. L'organisation des C.F.M.

Comme le nom l'indique, la compagnie forme l'unité de combat administrative de base. Composée d'une centaine d'hommes en France au moment de leur création, le nombre de soldats, tout au long de l'Ancien Régime, a varié entre 28 et 65 par compagnie en Nouvelle-France tout comme le nombre de compagnies selon les époques. Plus souvent qu'autrement, on en retrouvait 28, mais leur nombre fut augmenté à 35, voire même 40, à la fin du Régime français en Amérique du Nord.

Une compagnie était placée sous le commandement d'un lieutenant de vaisseau (qui recevait le grade de capitaine lorsqu'il commandait sur terre) et portait le nom de celui-ci . Le grade de capitaine était le plus élevé dans la hiérarchie des CFM. Un lieutenant le secondait, aidé d'un enseigne-en-pied)qui ne portait, toutefois, pas toujours le drapeau. Dès 1730, deux cadets-à-l'aiguillette pouvaient être attachés à une compagnie pour qu'ils puissent y faire l'apprentissage du métier d'officier qui pouvait durer même un dizaine d'année.  

Variant selon le nombre d'hommes de la compagnie, le groupe des sous-officiers pouvait être composé au maximum de deux sergents, trois caporaux et trois anspessades (chefs de section). Un ou deux tambours, un ou deux fifres, ainsi que des soldats complétaient les effectifs d'une compagnie. Les sous-officiers étaient des soldats avec plusieurs années d'expérience (jusqu'à 20 ou 25 ans) dans le domaine des armes et de la guerre. Il savaient lire et écrire. Chose assez rare à l'époque. Il n'existait aucune possibilité de passer de l'état de sous-officier à celui d'officier, car les soldats et les sous-officiers étaient des roturiers tandis que les officiers étaient des nobles. Il était impensable à cette époque qu'un roturier puisse devenir officier et avoir les mêmes privilèges que les nobles.

Du point de vue stratégique, les CFM étaient distribuées dans les gouvernements locaux. Les capitaines recevaient leurs ordres des états-majors locaux de Montréal, Trois-Rivières, Québec, Acadie et Louisiane. Les états-majors étaient dirigés par des gouverneurs, le gouverneur général étant responsable pour l'ensemble de la colonie. Un lieutenant du roi, un major et un ayde-major complétait un état-major local. Ces fonctions étaient remplies par des officiers des CFM, généralement des capitaines avec une grande ancienneté.

Du point de vue administratif, les capitaines tenaient leurs ressources financières (soldes et équippement) de l'Intendant de la colonie, de ses sub-délégués, des commissaires de la Marine de même que des contrôleurs de la Marine.

Jusqu'à la mise sur pied du Corps des Canonniers-Bombardiers en 1743, les soldats des Compagnies franches assuraient eux-mêmes le service de l'artillerie. En effet, depuis 1697, une compagnie non-officielle d'artillerie existait à Québec et des hommes des Compagnies franches étaient entraînés au maniement du canon. Mais en 1757, la Nouvelle-France comptait deux compagnies de Canonniers-Bombardiers de 50 hommes chacune.

  IV. Théâtres d'opérations et mode de vie

Quoique la Nouvelle-France fût divisée en cinq régions administratives appelées gouvernements (Acadie, Louisiane, Montréal, Québec, Trois-Rivières), elle s'étendait sur sept région géographique: le Labrador, les Postes du Roi, le Canada, les Pays d'en Haut, la Mer de l'Ouest et la Louisiane. Les Compagnies franches y étaient distribuées pour assurer la protection du territoire et des routes de commerces.

En Acadie, à Louisbourg plus précisément, les soldats connaissaient une vie de garnison à la française que les conditions climatiques n'aidaient pas à améliorer. Ils étaient soumis à des tâches directement liées à la construction de la ville-forteresse. L'île Saint-Jean (Île du Prince Édouard) connaissait un développement agricole plus stable et la petite garnison, de 15 hommes au plus, était très liée à la population civile locale. La partie continentale (Nouveau-Brunswick) était parsemée de postes et l'influence des troupes qui y séjournaient était minime.

Dans le Canada, soit la vallée du Saint-Laurent, les Compagnies franches étaient en contact constant avec la population depuis leur arrivée en 1683. Les soldats étaient logés chez les habitants des villes ou des seigneuries avoisinantes. Ceux-ci étaient dédommagés à l'aide de "billets de logement". Les Compagnies étaient dispersées sur la totalité du territoire. En temps de guerre, elles étaient rassemblées pour se préparer et se rendre sur le terrain de bataille. En temps de paix, les hommes restaient dans les fermes et aidaient leurs hotes dans leur exploitation ou continuaient l'apprentissage du métier qu'ils avaient entrepris avant de s'engager. Les soldats devaient s'exercer au maniement du fusil au moins deux fois par semaine. Ils pouvaient, cependant, en être dispensés moyennant une remise sur leur solde au profit du capitaine, celui-ci étant souvent avide d'argent. Les soldats pouvaient ainsi mieux s'insérer à la population. Un des rares moyens de démobilisation fut le marriage des soldats avec les femmes du pays.

Dans les Pays d'en Haut (région où les coureurs des bois pratiquaient la traite de la fourrure), et plus tard dans la Mer de l'Ouest, c'était la vie de frontière qui attendait les soldats des Compagnies franches. Principalement chargés de la défense des postes de traite et du maintien de l'ordre sur les routes de commerce, les soldats côtoyaient les Amérindiens et faisaient ainsi l'apprentissage de la "petite guerre", à l'indienne. Passés maîtres en la matière, ces soldats maintenaient sur les frontières un état de crainte constante parmi les populations amérindiennes hostiles et les colons anglais qui tentaient de s'y installer.

Au moment de l'arrivée des régiments français de Montcalm durant les années 1754-58, ce dernier reconnut aux Compagnies franches leur grande habilité à faire la "petite guerre" et les utilisa surtout en tant que tirailleurs à la manière de l'infanterie légères et sur les flancs en ordre de bataille.

En garnison, les rations hebdomadaires des soldats des Compagnies franches se composaient habituellement de porc salé (½ livre), de pain (1 ½ livre) ou de biscuit (pain cuit deux fois) et de pois secs (½ livre). À l'occasion des disettes, on diminuait la ration de porc ou on la remplaçait par de la viande de cheval ou de la morue salée. Il est donc évident que pour survire, les soldats devaient trouver de la nourriture ailleurs qu'uniquement parmi leurs rations.

  V. Particularités et adaptations

Les Compagnies franches de la Marine servant en Nouvelle-France étaient fort originales sous plusieurs aspects en comparaison des autres troupes de cette époque. Ainsi, quant à l'habillement, les soldats remplaçaient le tricorne par une tuque et portaient des mitaines lors des campagnes hivernales. Les souliers de cuir étaient remplacées par des mocassins indiens tandis que l'épée était remplacée par une hachette. Toutes ces modifications devaient, évidemment, offrir aux soldats une mobilité accrue dans les bois tout en leur permettant une meilleure adaptation au climat nord-américain, surtout en hiver notamment dans les postes de traite. On peut donc dire qu'après quelques années de présence en Nouvelle-France, l'habillement des soldats ressemblait beaucoup à celui que portaient les coureurs des bois.

Les Compagnies franches pratiquaient efficacement la "petite guerre" , qui faisait d'elles de redoutables adversaires. Souvent cachés dans les bois ou les fourrés, faisant feu sans être vus ou couchés par terre, ayant régulièrement recours à l'embuscade, les soldats des Compagnies franches abandonnèrent, au fil du temps, les formes traditionnelles de la guerre en formation, telles qu'elles étaient utilisées en Europe.

  VI. Apports des C.F.M. à la colonie

En plus de défendre la colonie, les Compagnies franches ont rendu d'inestimables services à la Nouvelle-France. En effet, les recrues, qui arrivaient de France et qui décidaient de s'établir dans la colonie, constituèrent plus de 30%  des 10 000 immigrants français venus s'installer en Nouvelle-France entre 1608 et 1755.

Les soldats étaient aussi très utiles au développement économique de la colonie, car les autorités recommandaient aux recruteurs de s'assurer que ces jeunes gens fussent en apprentissage d'un métier qui servirait à la colonie au moment de leur licenciement, s'ils décidaient d'y rester ou de se marier. Ces hommes amenèrent avec eux un coin de leur pays, de leurs traditions, de leur folklore.

Enfin, elles représentaient, bien entendu, les premières troupes d'infanterie coloniale dans toute l'acceptation du terme, où un heureux mélange de "métropolitains" et de "coloniaux" en faisaient partis en formant un corps unique de l'histoire coloniale de la France, autant par les rôles qu'elles y ont joués que par la très grande complicité avec la population coloniale dans la vie quotidienne.

  VII. Reconstitution des C.F.M.

Les Compagnies franches de la Marine du XVIIe et XVIIIe siècles naquirent à nouveau en 1962, lors de la Foire Mondiale de Seattle, WA, par une reconstitution historique et militaire réalisée par le Royal 22nd Regiment de l'armée canadienne. On fit appel au Musée Stewart au Fort de l'Île-Sainte-Hélène ainsi qu'à son Président-Fondateur, M. David M. Stewart qui avaient préalablement mené des recherches en ce sens.

Durant l'hiver 1962-63, des sous-officiers du Royal 22nd Regiment entraînèrent un groupe d'étudiants de la région montréalaise au maniement des armes. Ceux-ci prirent aussitôt la relève au Fort de l'Île-Sainte-Hélène, en présentant quotidiennement des manoeuvres historiques durant la période estivale. Dès cette date, la Compagnie s'acquit une solide réputation d'excellence si bien, qu'en 1967, elle se vit confier le privilège de la garde d'honneur du commissaire-général de l'Expo '67. Elle participa aux campagnes de promotion touristique de 1966-67-68 organisée par les gouvernements provincial et fédéral aux États-Unis. Elle fut ainsi amenée à visiter diverses villes comme New York, Buffalo, Détroit, Saint-Louis.

Sur un plan strictement local, la Compagnie participe aux gardes d'honneur, aux défilés, aux démonstrations de manoeuvres militaires et de musique, aux cérémonies d'ouverture, de lancement ou de commémoration, le tout dans un cadre d'événement divers.

Par ailleurs, l'année 1992 marqua une nouvelle étape dans l'histoire de la reconstitution des Compagnies franches de la Marine. En effet, conjointement avec le major Duchesneau et la Compagnie franche de Montréal, une nouvelle compagnie fut formée dans la ville de Québec. Constituée de membres de la Milice des Forces Armées Canadiennes, la Compagnie franche de Québec vient maintenant, elle aussi, participer à cette mise en valeur du patrimoine historique canadien.

 

Bibliographie

Conçu et réalisé par: Louis Valiquette, Maître-Canonnier, 1993.
Revu et corrigé par: André Senkara, Caporal, 1997.

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