Les uniformes

La présente page, dont le sujet sont les uniformes portés par les soldats et les officiers des Compagnies franches de la Marine, est subdivisée en six chapitres: 

I. L'uniforme des soldats IV. L'uniforme des officiers
II. Les armes des soldats V. Les armes des officiers
III. Le recrutement des soldats VI. Le recrutement des officiers

  I. L'uniforme des soldats

a) L'infanterie

Les soldats des Compagnies franches de la Marine étaient habituellement coiffés d'un tricorne de feutre noir garni d'un galon "d'or faux" sur le contour. Ce chapeau à trois pointes était pourvu d'une cocarde noire. Pour les autres régiments français, la cocarde était habituellement blanche, signe que le régiment ne dépendait pas directement du roi mais appartenait à un quelconque seigneur. Non-obligatoire lorsque les soldats n'étaient pas en devoir, le tricorne était souvent remplacé par un bonnet de drap.

Tous les soldats possédaient deux chemises en toile de coton et lin. Attachée à l'aide de boutons de bois ou d'os, la chemise servait également de chemise de nuit. Lorsqu'ils portaient le reste de leur uniforme, les soldats attachaient une cravate autour de leur cou.

Par dessus leur chemise, les soldats portaient une veste. Cette tenue était qualifiée de "petit habillement". Elle fut communément portée par les soldats Adoptée par les Compagnies franches entre 1690 et 1700, la veste était de couleur gris-blanc jusqu'en 1716. À partir de cette date, elle était de couleur bleue. Les boutons qui servaient à l'attacher étaient en cuivre.

Le justaucorps, par sa coupe et sa couleur, était le symbole de l'uniformité de la tenue des armées françaises. Adopté en 1660, il était porté par tous les militaires. Son nom venait du fait qu'il était ajusté à la taille (au corps) alors que les manches et les retroussis étaient, généralement, assez amples. Au cours des années, il devint de plus en plus ajusté, rencontrant un besoin constant d'adaptation aux armes nouvelles. Le justaucorps des Compagnies franches était confectionné de drap gris-blanc. Ses parements étaient bleus pour faciliter la différenciation entre les soldats des Compagnies franches et des autres régiments. Le justaucorps se portait, généralement, avec ses retroussis relevés et attachés sur les côtés. Les hommes du rang le portaient fermé avec les armes à l'extérieur, contrairement aux officiers, qui le portaient ouvert avec l'épée à l'intérieur. 

A. Fusil: modèle 1746. Il mesurait 1,59 mètre de long et pesait environ 4,3 kilogrammes.

B. Tricorne: fait de feutre de laine, il avait une cocarde noire sur le côté gauche.

C. Justaucorps: fait de drap gris-blanc, se portait par-dessus la veste bleue 

D. Cartouchière: poche de cuir contenant les cartouches préparées 

E. Guêtres: protègeaient les bas et les jambes des ronces et des cailloux .

F. Souliers à boucle: fait de cuir noir. ils avaient une boucle de laiton.

Illustration par Eugène Lelièpvre, Environnement Canada, Service Canadien des Parcs.

 Les soldats portaient aussi des bas bleus assortis à une culotte de la même couleur. Celle-ci se fermait à l'aide d'une braguette à boutons extérieurs et elle possédait les mêmes boutons extérieurs aux genoux. Par dessus les bas, les soldats portaient, plus souvent qu'autrement, des guêtres. Celles-ci offraient une protection supplémentaire contre le climat tout en empêchant les cailloux et les morceaux de bois de pénétrer dans les souliers mal ajustés des soldats. Les soldats recevaient habituellement deux paires de guêtres: une en toile pour l'été et une deuxième, en laine, pour l'hiver. Les guêtres étaient retenues au genou par une lanière tout en étant boutonnées sur toute leur longueur. L'hiver, elles étaient remplacées par des mitasses. 

Les soldats possédaient des souliers de cuir. Ils étaient ornés de boucles carrés de cuivre jaune. Ces souliers étaient tous de la même longueur et avaient une forme identique (le soulier gauche avait la même forme que le soulier droit). Cet état de chose permettait une confection plus rapide et plus rentable ainsi qu'une distribution accrue. Par ailleurs, on recommandait aux soldats de porter leurs souliers en alternance, d'un pied à l'autre, de cette manière ils les useraient uniformément.

Par dessus leur uniforme, les soldats portaient une giberne, ou cartouchière, et un ceinturon. Avant 1690, la giberne, qui servait à transporter les cartouches, se portait à la ceinture et pouvait en contenir environ une dizaine. Après cette date, elle se portait en bandoulière et pouvait contenir une trentaine de cartouche. Le ceinturon se portait sur la taille et était attaché par une boucle de laiton. On y suspendait, du côté gauche, une épée et une baïonnette. La giberne et le ceinturon étaient tous deux confectionnés de cuir de buffle.

En temps normal, les soldats recevaient un grand habillement (justaucorps) tous les deux ans. Entre ces deux années, ils recevaient un nouveau tricorne, des chemises, des bottines, une veste, une culotte et des bas. On doit supposer, à voir l'état des uniformes des soldats, que cette pratique n'était pas exécutée régulièrement.

 

b) La musique

Pour ce qui est des musiciens (fifres et tambours) des Compagnies franches, ceux-ci portaient un justaucorps bleu à boutons de cuivre, avec des parements et des retroussis rouges. Ce justaucorps était orné de la livrée du roi (chaîne blanche sur fond rouge bordé de blanc). Les culottes et la veste étaient de couleur rouge. Le reste de l'uniforme des musiciens était semblable à celui des soldats d'infanterie, sauf en ce qui à trait au ceinturon. En effet, celui-ci ne retenait qu'une épée, les musiciens ne portant ni baïonnette ni giberne. Les tambours portaient en bandoulière une ceinture additionnelle retenant leur instrument. Celle-ci était faite de cuir de buffle et était, elle aussi, décorée de la livrée du roi. La caisse du tambour était de couleur bleue et était ornée de fleur de lys, symbole de la monarchie. Les fifres portaient, pour leur part, un fourreau à la ceinture qui servait à ranger leur instrument lorsque celui-ci n'était pas utilisé. Ce fourreau, ainsi que la ceinture qui le retenait, était également confectionnée de cuir de buffle.

Les musiciens servaient en campagne et sur le champs de bataille à transmettre les ordres du capitaines. En effet, l'officier commandant transmettait ses ordres à travers ses musiciens: un certain roulement de tambours signifiait l'attaque, un autre signifiait la marche tandis qu'un troisième signifiait la retraite. Les fifres étaient surtout utilisés comme accompagnement durant les heures de marche.

 

c) L'artillerie

Quant aux canonniers-bombardiers, ceux-ci portaient un justaucorps bleu à boutons d'argent, avec des retroussis et des parements rouges. La veste et les culotte étaient de la même couleur. Par ailleurs, les canonniers étaient vêtus de rouge pour deux raisons: la première, leur officier commandant pouvait les apercevoir de loin. La deuxième, la couleur de leur uniforme permettait de cacher une blessure survenue sur le champs de bataille (la perte d'un bras par un canonnier pouvait démoraliser les combattants qui se trouvaient aux alentours).

  II. Les armes des soldats

Les soldats des Compagnies franches étaient principalement armés d'un fusil à silex. Il mesurait 1,59 mètre et pesait 4,3 kilogrammes. Le fusil français était plus court et plus léger que le fusil anglais. Il avait aussi un plus petit calibre. Ces différences permettaient une plus grande mobilité dans les bois. D'autre part, tous s'accordaient à considérer sa fabrication comme étant supérieure à celle du Brown Bess anglais. Quant à leur efficacité, elle était similaire en précision et en inconstance. Le fusil à silex avait une portée mortelle de 180 mètres, mais sa portée effective était d'environ 50 mètres, étant donné l'imprécision due au canon non-rayé. Pour pallier à ce manque de précision, les soldats faisaient feu à la volée et par peloton. Par ailleurs, un soldat bien entraîné pouvait charger son fusil et faire feu trois fois en une minute. Les fusils expédiés en Nouvelle-France provenaient généralement de Tulle et de Saint-Étienne. Ces villes étaient, à l'époque, d'importants centres de production d'armes.

Une baïonnette à cran étaient souvent utilisée sur les fusils français de cette époque. Celle-ci se fixait au bout du canon de manière à ne pas obstruer la bouche, contrairement à l'ancienne baïonnette à poire qui empechait le tir. La lame était de forme triangulaire et encavée ce qui favorisait l'effet de succion lorsqu'elle était retirée du corps d'un ennemi. Cela avait pour effet la formation d'une plaie qui  se refermait difficilement. La baïonnette était portée à la ceinture, du côté gauche, dans un fourreau de cuir. Son nom provient de la ville de Bayonne, où elle fut utilisée pour la première fois.

Les soldats portaient également une épée. Celle-ci, d'une longueur d'environ 70 centimètres, possédait une lame à double tranchant et était considérée comme étant de médiocre qualité. Elle était petite, pas très robuste et n'offrait que peu de protection pour la main. Elle se portait du coté gauche avec la baïonnette dans un fourreau de cuir. Par ailleurs, peu de temps après leur arrivée, les soldats des Compagnies franches remplacèrent l'épée par une hachette, instrument beaucoup plus pratique pour la survie dans les bois.

  III. Recrutement et possibilités d'avancement des soldats

Avant 1695, les soldats des Compagnies franches de la Marine étaient recrutés dans la métropole, en France. Par contre, à partir de cette date, un nouveau règlement permettait aux coloniaux de s'engager et de faire carrière dans les troupes régulières de la Nouvelle-France. Les soldats étaient recrutés parmi le peuple.

Les recrues françaises provenaient généralement des régions portuaires, car celles-ci entretenaient des liens commerciaux étroits avec la colonie. Parmi celle-ci, on peut citer les régions d'Aunis, de Saintonge, du Poitou, d'Augoumois, de Guyenne, d'Île-de-France et du Lyonnais. Par contre, d'autres soldats étaient originaires de régions comme le Languedoc, le Dauphiné, la Bourgogne et l'Alsace. Il faut, cependant, stipuler que leur nombre était plutôt infime.

Les jeunes gens de l'époque avaient de multiples raisons pour s'engager dans les Compagnies franches. Pour les recrues provenant de France c'était surtout le goût de l'aventure, une décision impulsive, la fuite devant la justice royale ou devant des conditions de vie précaires (épidémies, famines, taxation excessive, etc.). D'autres quittaient le pays dans l'espoir d'améliorer leur rang social en Nouvelle-France une fois leur engagement terminé. Quant aux recrues coloniales, on peut supposer que les motifs étaient surtout la possibilité d'un emploi permanent et la volonté de défendre leur patrie. Tout au long de la présence des Compagnies franches en Nouvelle-France (1683-1760), le partage du recrutement entre la colonie et la métropole fut sensiblement équivalent quant au nombre de soldats engagés. Cependant, le corps des officiers était majoritairement composé de nobles canadiens.

Après un certain nombre d'années de service, les soldats pouvaient espérer recevoir un grade supérieur. Par contre, seuls les grades de sous-officiers leur étaient accessibles (les officiers étant tous des nobles). Dans chaque compagnie, on comptait des caporaux (trois galons de laine jaune à la hauteur des boutons des parements du justaucorps), des anspessades (un galon de laine jaune entourant les parements). Les hauts sous-officiers étaient, quant à eux, les sergents et les sergents-majors Ces derniers étaient des capitaines d'armes et étaient considérés comme étant supérieurs aux sergents. En charge de l'entraînement des recrues, ils portaient des galons d'or sur leurs parements et les poches de leurs justaucorps et de leurs vestes. Il faut quand même le mentionner, les soldats et tous les sous-officiers étaient des roturiers, il leur était donc impossible d'accéder à des grades d'officiers.

  IV. Uniforme des officiers

L'uniforme des officiers se distinguait sous plusieurs aspects de celui des soldats et des sous-officiers. En effet, des galons d'or embellissaient les parements et les rabats des poches de leurs vestes. Par ailleurs, les justaucorps des officiers étaient confectionnés de tissus de meilleure qualité et se portaient habituellement ouvert tandis que les boutons étaient dorés. En devoir, les officiers portaient des hausse-cols dorés, l'unique marque de leur  statut d'officier. Ceux-ci rappelaient l'armure médiévale des chevaliers. Les officiers portaient également des chemises à dentelles et des cravates de soie. La beauté, la qualité et le soucis du détail des uniformes des officiers des Compagnies franches de la Marine provenaient du fait que, contrairement aux soldats dont l'uniforme était fourni par le roi, les officiers devaient le payer eux-mêmes.

  V. Armes des officiers

Comme arme personnel, les officiers possédaient une épée de gentilhomme dorée ornée d'une dragonne. Cette épée était plus belle et, de loin, de meilleure qualité que celle des soldats. Les officiers utilisaient aussi un esponton, ou demi-pique.Cependant, les armes blanches étaient peu utilisées en Amérique, les officiers préférant l'emploi de fusil ou de pistolets lors des campagnes.

  VI. Recrutement des officiers

Contrairement aux soldats, les officiers des Compagnies franches étaient recrutés parmi la noblesse française et néo-française. . La demande de commission pour les fils de Canadiens était tellement forte en Nouvelle-France que l'on dut créer le grade de cadet-à-l'aiguillette (élève-officier en formation, comme symbole de son grade il portait des aiguillettes sur l'épaule droite).

Parmi les officiers on comptait: le capitaine, le lieutenant, l'enseigne-en-pied et le cadet-à-l'aiguillette. En Nouvelle-France, les majors et les ayde-majors, souvent des capitaines avec une grande ancienneté, occupaient des postes administratifs importants au sein de la colonie. À leur retraite de la vie militaire, ils pouvaient, en signe de reconnaissance royale, recevoir une seigneurie pour l'exploiter jusqu'à la fin de leurs jours.

 

Bibliographie

Conçu et réalisé par: Louis Valiquette, Maître-Canonnier, 1993
Revu et corrigé par: André Senkara, Caporal, 1998

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