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L'Actualisation et la Désacralisation des Mythes
Des personnages modernisés et un langage actualisé
Soit par leurs fonctions, soit par leurs vêtements, soit par leur
comportement, certains personnages font davantage songer au XXe siècle
qu'à l'Antiquité.
Dans
de Guiraudoux, le poète Demokos incarne, quant à lui, les
écrivains ultranationalistes qui exaltaient les massacres de 1914
- 1918 pour mieux préparer et jeter la France dans de nouvelles
souffrances. C'est un démagogue qui flatte les passions populaires.
Vindicatif et haineux, il use de formules solennelles et inquiétantes,
comme celle-ci par exemple : " La lâcheté est de ne
pas préférer à toute mort la mort pour son pays ".
Ce compositeur de chant de guerre est en fait un lâche cynique :
" Puisque l'âge, dit-il, nous éloigne du combat, servons
du moins à le rendre sans merci ". C'est un belliciste de
l'arrière, qu'Hector, fils de Priam et ancien combattant, méprise
profondément et qui, bien qu'il soit souvent ridicule, est odieux.
Toute la bêtise du fanatisme s'exprime par sa bouche. Dans
d'Anouilh, les Gardes d'Antigone, avec " leur chapeau sur la nuque
" et leur veste de " cuir sont les sinistres silhouettes de
la police du régime de Vichy, dont les membres étaient effectivement
habillés de cette façon. Quant à Polynice fumant
des " cigarettes ", c'est " une petite brute toute juste
bonne à aller plus vite que les autres avec ses voitures, à
dépenser plus d'argent dans les bars ". Il incarne les enfants
dévoyés des milieux officiels.
De plus, à situation moderne, langage moderne. Pour mieux suggérer
les correspondances entre l'histoire mythique et l'histoire, les dramaturges
usent de toutes les ressources du style. On peut alors évoquer
la parodie des discours officiels. de Giraudoux contient deux caricatures
de discours officiels. La première discrédite l'éloquence
juridique par son absurdité logique. Le second discours caricaturé
est plus amer. Il s'agit du " discours aux morts " que prononce
Hector. Alors que la tradition veut que l'orateur exalte le courage et
le sacrifice des soldats tombés au champ d'honneur, Hector démystifie
ce genre d'éloquence. Il refuse l'imposture qui consiste à
considérer que tous les morts ont été des héros.
Hector en profite pour dresser un terrible réquisitoire contre
la guerre. Dans d'Anouilh, la longue
tirade de Créon décrivant les " funérailles
grandioses " d'Etéocle est une impitoyable satire des honneurs
mortuaires nationaux. Car tout est faux : " Etéocle, ce prix
de vertu " était une " crapule " au même titre
que Polynice. Les pompes de la cérémonie sont une nécessité
de la propagande, non la conséquence d'une sincère émotion
populaire. Comment, dans ces conditions, continuer à croire aux
grands discours et aux manifestations officielles ?
Les anachronismes, quand ils n'ont pas pour but de faire sourire, sont
également des allusions à l'époque moderne. En voici
quelques exemples :
· " [...] ils passent la nuit dans les boîtes "
( de Cocteau)
· " [...] et il ne fume pas le cigare, ton amant ? "
( de Giraudoux)
· " Un vrai petit garçon pâle qui cachera devant
mes fusils " ( d'Anouilh)
Mêlant et confondant par définition les dates et les époques,
les anachronismes soulignent le caractère actuel de l'action. Joints
aux analogies de situations et aux personnages modernisés, ils
concourent à faire sentir au public que les légendes, même
les plus anciennes, lui parlent de son temps.
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