I. D) LES POLLUTIONS DE L'EAU

La pollution de l’eau qui s’accentue en Chine est un des problèmes environnementaux les plus critiques. 300 millions d’individus n’ont pas accès à une eau propre et potable. 70% des lacs et des rivières sont pollues par la faute des usines et des villes, qui chaque années rejettent entre 40 et 60 milliard de tonnes de déchets. En effet, pour poursuivre la croissance du PIB (produit intérieur brut) de nombreuses industries chinoises se sont développes près d’un cours d’eau pour qu’elles puissent se débarrasser plus facilement de leur déchets.

Provenances des eaux usées industrielles en 2003
L’urbanisation et l’industrialisation accro?t la quantité d’eau usée de 5% chaque année selon l'APE (Administration de la Protection de l'Environnement). Les stations d’épuration sont encore trop peu nombreuses et développes pour pouvoir traiter toutes les eaux usées ou pollués. En outre, seulement 70% des eaux industrielles seraient traitées contre 95% dans les pays développés. De plus les stations d’épuration ne sont généralement pas conformes aux règles de qualités. Lors d’une inspection la moitie des stations ne répondaient pas aux critères. Pour évaluer la pollution d’un cours d’eau ou d’un lac une échelle de qualité a cinq degré a été instaure. Sur 3200 sites de mesure, 59.4% répondent aux trois premier critères, 18.8% aux deux derniers et 21.8% sont "hors-normes", et donc impossible à utiliser dans quelques domaines qu’il soit.


Qualité de l’eau des sept principaux fleuves (Meilleur niveau : 1 ; Pire niveau : 6) Une grande partie de l’eau destinée à ¨ºtre utilise dans l’industrie est également perdue a cause de canalisations percée. Le système de tarification de l’eau contribue aussi au gaspillage. Malgré quelque hausse en 2005, le prix de l’eau reste très bas. Par conséquent, les populations des villes et les industrielles sont peu enclins à réduire leur facture d’eau, déjà très faible.

La pollution des eaux provient principalement des rejets d’eaux industrielles non traites et de l’utilisation trop abondante d’insecticides et de pesticides dans l’agriculture. La Chine est en effet le premier consommateur d’engrais mondial. Les rejets d’eau usée d’origine domestique, industrielle et agricole étaient d’environ 48.24 milliards de tonne de déchets en 2003. En atteignant des villes c?tières dans des zones plus humides, ces rejets peuvent engendrer une véritable prolifération d’algues (phénomène d'eutrophisation).

Page de journal Du Monde sur le site olympique de Qingdao en juillet 2008

Par exemple, la station balnéaire chinoise de Qingdao qui a accueilli les épreuves nautiques des Jeux Olympiques le 15 juillet 2008 a dû faire face à une invasion d’algue qui mena?ait le bon déroulement des épreuves. Les autorités chinoises se rechignaient à lier ce phénomène aux nombreuses usines qui polluent le cours d’eau en amont du site. Cette dégradation environnementale rappelle cette catastrophe du lac Tai en mai 2007 qui a privé d’eau près de 2 millions de personnes pendant 15 jours.

Cette algue "Enteromorpha prolifera" serait due selon les autorités à des facteurs tels que la température, la salinité et les effets du typhon récent. Néanmoins un écologiste chinois, Ma Jun nous dit qu’il est évident que ce genre de problèmes est principalement dû à une pollution des eaux.

L’eutrophisation d’un cours d’eau consiste en la modification et la dégradation du milieu aquatique. C’est un phénomène à l’origine naturel qui transforme des lacs peu profonds en marais, puis en prairie et enfin en forêts. C’est un processus normalement extrêmement long, qui peut durer plusieurs décennies pour une mare de sous-bois et plusieurs milliers voire millions d’années pour des lacs.

En revanche, c’est un phénomène qui, à cause de la pollution, a tendance à s’accentuer. Dans les années 1950 à 1970, l’eutrophisation touchait des nombreux lacs autour des grandes villes en Occident. De nos jours, ce type de pollution touche de plus en plus fréquemment les lacs autours des grandes villes chinoises.

Ce processus a comme principales causes :
L’eutrophisation peut affecter les eaux douce, saumâtre ou salée mais atteint principalement les eaux dormantes, les cours d’eaux à débit faible ou ceux rejoints par des effluents. Les estuaires, les golfes et les baies sont également extrêmement affectés par l’eutrophisation.

Ce phénomène d’eutrophisation peut se décomposer de la manière suivante : Avec cela apparaissent des plantes flottantes telles des lentilles d’eau qui peuvent empêcher le passage de la lumière et donc la photosynthèse de la flore aquatique. L’oxygène disponible est de nouveau réduit. Le milieu devient alors facilement hypoxique (appauvri en dioxygène) puis anoxique (totalement dépourvu de dioxygène). Cela engendre la "mort" du cours d’eau, complètement vidée de tout être vivant (mort d’organismes aquatiques aérobies, insectes, crustacés, poissons, mais aussi végétaux dont la décomposition amplifie le déséquilibre.)

L’eutrophisation d’un cours d’un cours d’eau engendre une diminution de la biodiversité (animale et végétale), de l’indice biotique (noté de 1 à 10, il permet d’évaluer la qualité de l’eau en fonction des organismes qui y vivent), et des activités halieutiques.

Schéma de l'eutrophisation

De plus, des accidents industriels peuvent provoquer des pollutions aigues dans un cours d’eau. Néanmoins ces incidents ont généralement un impact plus moindre sur l’environnement (visibilité de la pollution, contrôle constant de la qualité de l’eau de la rivière, caractère ponctuel de la catastrophe). La plus notaire des ces catastrophes est sans doute l’explosion d’une usine pétrochimique dans le nord du pays qui a provoque un déversement important de benzène dans les eaux du Songhua. Le benzène est un solvant toxique et classe comme cancérogène par l’Union Européenne. La capitale de la province du Heilongjiang, Harbin, au nord est de la Chine a été sévèrement affecte par cette crise. Les habitants ont fuis la ville par milliers et ceux qui sont reste se sont retrouves privés d’eau. Cette catastrophe a également eu des impacts sur la Russie du fait que les eaux du Songhua rejoignent le fleuve Amour.

Les habitants d’Harbin font la queue pour avoir de l’eau potable

L’activité industrielle en Chine provoque également une augmentation de la teneur des terres en dioxyde de souffre (SO2) et en oxydes d’azote. Ses produits se transformeraient en acide nitrique et en acide sulfurique (HNO3 et H2SO4). Ces polluants engendrent des pluies acides, rendant ainsi les terres stériles, les pH des eaux souterraines trop faibles. C’est toute la richesse écologique des écosystèmes qui est menacée. En effet, plus de 300 espèces d’animaux et 410 variétés de plantes sont à présent menacées. La production d’énergie en Chine provient principalement du charbon, la rendant la principale source de dioxyde de souffre. Un tiers du territoire chinois est donc touche par l’acidité. La croissance énergétique chinoise, aggravée par un mauvais rendement des centrales thermiques laissent penser que ces pluies acides ne cesseront d’augmenter.

L’approvisionnement des habitants en eau potable pose évidemment un problème en Chine. Le gouvernement admet que 320 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Néanmoins une eau de qualité salubre ferait défaut à 700 millions de chinois.

90% des nappes phréatiques aux environs des villes sont pollues selon la SEPA. Les intoxications au fluor et à l’arsenic se multiplient ainsi que les cancers des voies digestives. En effet, seulement 38% de la population a accès à une eau propre et convenablement traite, c’est-à-dire sans matière organiques et métaux lourds. Ainsi, 63 millions de chinois seraient contamines au fluor et 2 millions a l’arsenic.

Depuis les années 70, le nombre de cancéreux en Chine ne cesse d’augmenter. D’après une enqu¨ºte officielle du ministère de la Santé le nombre de morts de cancer auraient augmente de 19% dans les villes et de 23% dans les campagnes en 2005. Cette hausse serait causée par une pollution de l’eau et de l’air de plus en plus importante. Une utilisation trop importante de pesticides, d’insecticides et d’additifs serait aussi à blamer. De plus, l’eau devient un facteur d’instabilité dans la société chinoise. Plusieurs cas de conflits sur l’eau ont été recensés entre les secteurs urbains, industriels et agricoles. Le développement rapide dans l’urbanisation, l’industrialisation et l’agriculture de la Chine résulte en une pression accrue sur ses ressources en eau, déjà faibles et mal gérées, et une augmentation d’eau usées, insuffisamment traitées.

Cette dégradation progressive contribue au manque d’eau dans les campagnes et les villes, une surexploitation des nappes souterraines et des cours d’eau de plus en plus pollués.

Malgré le fait que les citoyens chinois considèrent la détérioration de l’environnement comme le prix à payer de cette croissance économique galopante, le gouvernement chinois a parfaitement compris les enjeux et les risques majeurs à long terme sur leur pays.






Xavier Moys, Tanguy Mercier, William Zhang